Irahaben ou la tradition perpétuée (Batna infos nov 2007)


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Les anges blancs de la nuit…A travers les anges et le grand Aurés, aussi bien linguistique que géographique, les « Rahabas » continuent d’animer des soirées, tant dans les villages, dans les villes et aussi dans les decharas; même si ces derniers (Irahaben » portent d’autres noms comme « Sebaha »). Dans la seule région de la wilaya de Batna, une multitude de groupes de rahabas existent, un véritable patrimoine-trésor en matière de chants folkloriques spécifiques à la région des Aurés.

Dans cette m^me région du pays (Batna), d’un village à l’autre voire d’une ville à l’autre, chaque groupe a sa particularité et s’ils ont en commun le chant chaoui, il y a cependant moult diversités voire spécificités : le nombre, la danse, les thèmes…

Cette culture orale millénaire doit et c’est primordial faire l’objet de recherches. Le groupe Irahaben, dans sa forme ne diffère pas beaucoup des autres groupes du même genre de chant Amazigh. Il est composé de chanteurs, de joueurs de flûte et de bendir, exactement comme dans les monts de l’Atlas marocain. Seuls les thèmes choisis et le rythme marquent le différence.

Les chaouis, eux ont pu sauvegarder et protéger ce genre de chant qui constitue un excellent élément de recherche socioculturel. En général, les thèmes choisis font référence à des faits historiques (guerre de libération nationale et ses héros tels que Benboulaid, Amirouche, Si el Haoues…).

Durant la guerre de libération, on raconte que les troupes d’Irahaben ont souvent aidé les moudjahiddines en leur livrant des informations sur l’ennemi et ses déplacements tout en chantant durant la nuit.

La belle aimée se taillant la part du lion dans le répertoire d’Irahaben qui chantant les amours impossibles, « l’amour fatal » ou la belle brise des coeurs.

Le chant religieux n’est pas omis sous les différentes influences (Zaouïas, Cheikhs…), ces troupes d’Irahaben chantent la gloire des envoyés de Dieu et des prophètes.

Refâa, Yabous, Taxlent, Imadghassen…sont parmi les troupes que comptent la wilaya de Batna qui continuent à perpétuer la tradition, mais dans l’anonymat et avec les moyens de bord, dont l’oral.

Il y a risque de disparition sans la transcription de ce legs immatériel.

Apparemment, nous avons la particularité de ne pas savoir conserver notre spécificité, notre cachet culturel, voire notre identité…

Il y a des sujets qui ne savent parler qu’à la raison. Immensités que la mémoire refuse de « fixer » parc qu’elle-même mémoire du temps vaporeuses, fugaces. C’est quoi déjà les Aurés ?

L’infiniment grand, l’infiniment nu, l’immémoriable est là, encaissé par les quatre point cardinaux.

Arris, Ghouffi, T’kout, Timgad, Lambèse, le plateau des Aurés, une mer faite toute entière de beauté, de grès rongé de partout par les dents acérées des âges.

Le pays enserre dans ses filets les vestiges de civilisations fort anciennes, de Timgad à Merouana dont on retrouvait, hier encore des survivances dans tels modes de relations telles traditions artisanales tels instruments primitifs de travail. La population des Aurés, le pays profond est fiére de son passé et de ses pratiques ancestrales. Elle ne cesse de les célébrer par des festivités ici et là comme gage de reconnaissance. N’gaous et son abricot, T’kout et sa fête de l’automne. Une virée dans ses massifs déchirés par de profonds canyons, l’Aurés est là. Pays séduisant et redoutable hors du commun et pour ainsi dire hors du temps. L’aspect architectural reste cependant cette empreinte millénaire dont l’Aurés et l’auréssien sont fièrs. Ghouffi et ses balcons, le refuge de la Kahina à Beghai, le mausolée d’Imadghassen. Toute cette nature riche et contrastée, quelque soit l’itinéraire qu’on emprunte, au bout de quelques sueurs et juste avant l’éssouflement, on se retrouve au beau milieu d’un ballet fou.

Pourtant tous ces vestiges ont l’air d’avoir une âme, ils vivent tels les arbres d’une forêt battus par les vents.

Tout le plateau des Aurés n’est que déchirures qui dessinent là des « ruelles », ici des canyons, ailleurs des forts, des immeubles de bois…

Tout un univers enrobé du silence le plus profond. Un silence à déranger par les âmes qui y vivent. Ces âmes qui glissent presque imperceptiblement sur tous leurs pas; à travers les boyaux de roche craquelés en plusieurs endroits, vous interpelle.

L’Aurés n’a pas toujours eu soif, il a été arrosé, il a été vert, il a été vie, il a été murmures et gazouillis, il a été travail, prospérité, chant. L’Aurés n’a pas toujours eu soif et si sa carcasse s’est désintégrée de ses entrailles, il reste encore des traces. Ce sont tous ses troupeaux de chèvres. Ce sont ses bergers solitaires, ce sont ses tribus en transe, ces hommes que l’ocre rouge ou jaune, le noir ou le verdâtre jailli de la pierre et figé sur les parois meurtris des abris.

Là, dans ses crevasses, nos ancêtres ont pour témoins ces tessons de poteries, pointes de flèches, meules…sont en fait un immense monument à la gloire du travail humain auréssien. La culture est pérenne elle ne s’ embarasse pas des calendriers.

Elle a enterré des générations entières. Elle nous enterrera aussi, mais elle nous portera sans doute à ceux qui nous supplanteront, qui respireront « l’art » que nous buvons aujourd’hui. Témoins ces vestiges archéologiques inestimables. Témoins, que nos ancêtres qui façonnaient la pierre nous ont légués. Témoins à venir palper des yeux. Témoins aussi qu’il faut garder jalousement et surtout préserver.

Tout un univers en un seul pays ! Alors, voir les Aurés et mourir ? Non, le voir et se souvenir dans l’extase !

(L’aurés culture du mythe ou réalité par Imadghassen A, inspiré de l’article de salim souhali, paru in le mat n°2451 du 20 mars 2000, pris de la chanson amazigh du même auteur)

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