Melhfa des Aurès, la renaissance

Victime d’une grande prédisposition et de perméabilité à tout ce qui est importé, au nom du moderne, du branché et du tape-à-l’œil, la tenue chaouie avait frôlé le trépas. C’est dans le milieu rural qui est en fait son milieu naturel, — lieu de naissance — que la tenue aurésienne comme c’est le cas pour le tapis, la kachabia et le burnous ont trouvé refuge et preneur en attendant des jours meilleurs.

Lui préférant des tenues de fêtes des quatre coins du pays : caftan, tenue algéroise, robe kabyle et, quelquefois même, de l’importé comme les kimonos, ensembles indiens…, les enfants du pays (plus exactement les filles) semblent vouloir se ressourcer ou, mieux encore, s’affirmer. Depuis plus d’une quinzaine d’années, quelques irréductibles fans, mais surtout de fins connaisseurs, avaient refusé de signer l’acte de mort de la belle et bariolée tenue. Du plus ancien couturier de la ville de Batna M. Floussi, octogénaire de nos jours, aux plus jeunes militants du mouvement associatif, l’envie et l’abnégation étaient les mêmes : maintenir en vie un costume plurimillénaire. Ça et là, dans l’artère principale de la ville de Batna, mais aussi dans plusieurs quartiers, de beaux modèles de robes chaouies sont exposés, et ce n’est pas la demande qui manque. De l’aveu d’un photographe, depuis l’acquisition d’une robe, son studio ne désemplit pas, il avoue : « Ce sont surtout les jeunes filles qui veulent se faire prendre en photo en tenue chaouie, mais qui me demandent aussi de couvrir les fêtes de mariage où j’ai vu des mariées en robe chaouie de luxe. » Cependant, notre interlocuteur a une petite inquiétude, les femmes préfèrent faire appel aux photographes femmes… Le propriétaire d’un magasin spécialiste en robes aurésiennes Mostafa Gerbaz qui n’a rien d’un opportuniste, car il a connu « la traversée du désert », des jours où le tissu jordanien et égyptien faisaient des ravages, et ses fins de mois sonnaient clair. Le résistant (sic) avait refusé de céder aux chants de sirènes en déclarant : « J’ai vu ma grand-mère dans cette tenue, ma mère aussi ; j’en ai fait une question de nif et de baroud. Résister et innover ou mourir, et, aujourd’hui, nos efforts sont récompensés. Aussi bien les femmes que les jeunes filles ne circulent pas dans la rue en tenue chaouie certes, comme en Kabylie ce qui est extraordinaire. Mais l’appétit venant en mangeant, j’ai l’ultime conviction que le jour viendra, et il n’est pas loin, de revoir, comme jadis, des groupes de femmes, tel un bouquet de fleurs, se promener en tenue chaouie. » D’une conviction inébranlable, notre interlocuteur dit voir des signes qui ne trompent pas, et il ajoute : « Lorsque des magasins de mozabites commercialisent un produit, c’est un indicateur de réussite et une valeur sûre. » Vérification faite, sur la route de Biskra, les plus belles devantures proposent des melhfas haut de gamme, confectionnées en séries, et qui se vendent plutôt bien selon les propriétaires. Le retour ou le come-back de ce costume enterré vivant constitue un gagne-pain, pour ne pas dire une création de richesses, pas uniquement pour le propriétaire du magasin, le photographe, mais aussi et surtout pour les femmes qui le confectionnent et qui ne cessent de le rendre plus pratique et mieux adapté pour répondre à une génération très exigeante, car elle a le choix. Reste que ceux et celles qui parlent de tourisme, artisanats, culture entre les quatre murs des salons calfeutrés n’ont aucun mérite, car cela s’est fait sans eux et, quelquefois même et hélas, malgré eux.

source : el watan

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“Melhfa”, le retour du vêtement traditionnel

Le vêtement traditionnel “melhfa lawrassia” est en train de reprendre graduellement sa place parmi les vêtements féminins à Batna, après avoir été détrôné par les autres genres de vêtements arabes et occidentaux. Un retour de la conscience des traditions, une sorte de renaissance

“Ces dernières années, la melhfa, ce vêtement caractéristique des Aurès, est très demandée par les femmes, par rapport aux années précédentes. Certaines mariées la préfèrent même à la robe de mariage”, nous indique Guerbazi Mustapha, le gardien du traditionnel qui détient un magasin spécialisé dans la vente des vêtements traditionnels au centre-ville.

Pour les nostalgiques de cette époque, que les femmes aurassiennes n’ont pas connue et qui les fait rêver ou parce que la melhfa  est redevenue à la mode, on assiste aujourd’hui à la renaissance des tenues et au retour aux valeurs traditionnelles à Batna. Le commerce de la melhfa est en train de se faire une santé après une plongée dans le néant qui a duré des années. “Ouach djab bakri ledhourk” (c’est meilleur que d’autrefois), se souvient notre interlocuteur Guerbazi Mustapha, le gardien des traditions, comme aiment le nommer certains de ses amis.

Et il poursuit : “Avant, je vendais une ou deux robes ; par contre, maintenant, ce vêtement est très demandé. Mais le problème actuellement, nous ne trouvons pas de couturières pour nous assurer un approvisionnement de melhfa…” Tous les témoignages attestent la montée de la courbe de cet habit traditionnel et son marché est florissant et même très lucratif.

Les vêtements traditionnels pour femmes, dont la boutique de Guerbazi Mustapha en est bien achalandée, sont charmants et raffinés et en conformité avec les canons esthétiques d’autrefois. “Je ne vends que des copies conformes aux anciens vêtements. Je ne vends pas les vêtements adaptés au rythme de la vie moderne”, se targue notre interlocuteur.

Il nous fait un long exposé sur l’aspect pratique de la melhfa, sur les anciennes techniques de l’habit traditionnel, et sur leurs caractéristiques ou leurs spécificités selon chaque région. Il nous montre différentes melhfa que contient sa caverne d’Ali Baba, qui se trouve en face du CEM des Frères Amrani. Ces melhfa sont des pièces de tissu noir, bleu, fleuri, de couleurs différentes, dont le tissu s’ouvre sur le côté et est retenu à la taille par “lahzem” et sur les épaules par des fibules.

“Cette robe ancestrale, affirme-t-il, est en train de devenir avec le temps le vêtement emblème de la femme chaouie”. Les vêtements présentés ou en vente ce jour-là étaient de haute qualité et d’un niveau esthétique. Ils n’ont rien à envier aux vêtements arabes et occidentaux.

Malheureusement, la promotion de l’habit traditionnel chaoui a encore du chemin à faire pour couvrir comme autrefois ces deux catégories : la tenue de cérémonie et la tenue de ville. S’il a trouvé sa place pour la première, la deuxième n’est pas encore totalement adoptée dans les villes et les villages des Aurès. Sillonnant les rues de ces villages et villes de la wilaya, il est rare de rencontrer des femmes qui portent la melhfa, à l’exception des douars et des maisons isolées où les femmes continuent à se draper dans ce costume ancestral.

Malgré sa splendeur, la melhfa, cet habitat traditionnel, attend de reprendre sa place comme tenue de ville. Bien que les vêtements arabes et occidentaux modernes tiennent à le concurrencer sur son propre bercail, la melhfa est riches en connotations culturelles traditionnelles que les autres vêtements n’en ont pas. Quand verra-t-on les Aurès s’habiller en melhfa pour ne pas renier pas leur identité et leur origine ?

source: Liberte, repris par City-dz.com

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BATNA la silicose tue encore

… Les habitants de T’kout, en particulier les tailleurs de pierre, n’espèrent plus rien. Douleur, angoisse, peur, solitude et décès sont devenus le quotidien de ces malheureux, face à ce mal qui s’est abattu sur toute une population : la silicose.

Située à plus de 80 km au sud de la wilaya de Batna, T’kout, au relief accidenté, donne un aspect de ville déshéritée.
Depuis plus d’une quinzaine d’années, la maladie de la silicose fait des ravages chez les jeunes tailleurs de pierres.Le nombre de morts est de plus en plus élevé.
Les jeunes tailleurs de pierres, qui exercent ce métier à haut risque, se déplacent aux quatre coins du pays (Alger, Sétif, Oran, Annaba…) pour travailler à leur compte, dans la majorité des cas, sans protection ou affiliation sociale et, dans la quasi-totalité des cas, sans protection aucune contre la poussière engendrée par la taille des pierres (la silice), activité qui nécessite un matériel de protection adéquat (cabines ventilées, tronçonneuse équipée d’un système d’abattage de la poussière à l’humidité). Aujourd’hui, on compte 63 décès, rien que dans le chef-lieu de la commune et 10 dans les agglomérations limitrophes. Pas moins de 32 femmes se sont retrouvées veuves avant même d’entamer la trentaine et 75 enfants deviennent orphelins du jour au lendemain. Pis, ces derniers ne bénéficient d’aucune indemnité, car les artisans tailleurs, de leur vivant, exerçaient leur métier sans aucune couverture sociale ni affiliation (embauchés au noir) ni d’aucune autre forme d’aide de l’état. Aussi bien les tailleurs de pierres que leurs familles considèrent cette forme d’indifférence des autorités comme une ultime punition à titre posthume.
“Mon mari travaillait pour subvenir aux besoins de la famille, il est resté des années durant en chômage, il y avait des jours où l’on n’avait pas de quoi acheter un sachet de lait. Aujourd’hui qu’il n’est plus de ce monde, on lui reproche d’avoir travaillé au noir, mais on ne fait rien contre ceux qui l’ont exploité et qui continuent à le faire avec d’autres jeunes hommes”, nous dira une jeune veuve et mère de trois enfants en bas âge. Au village, on parle de hauts responsables et même de députés de la région, qui ont construit des villas à la pierre taillée et qui ont embauché au noir des jeunes de T’kout, dont certains sont morts.

Verront-ils un jour  le bout du tunnel ?
A la direction de la santé publique de Batna, ce dossier de la silicose et des tailleurs de pierres de T’kout est considéré comme lourd et sensible, mais n’avance pas pour autant. Interrogé à ce sujet, le docteur Abdesselam dira : “Il est temps de faire une approche multidisciplinaire, pour la simple raison que ce souci est à la fois médical, social et professionnel… Il y a plus de 925 tailleurs de pierres recensés et hélas ! ce sont des malades potentiels, il n’est plus possible de parler uniquement de sensibilisation et de vulgarisation, car le mal est fait, nous avons du travail en aval et en amont. Puisque la maladie est incurable, il faut s’attendre à d’autres décès (hélas !). Bien sûr, il faut penser à la prise en charge des malades et leur suivi. Par contre, les familles (veuves et orphelins) des victimes de cette maladie formulent d’autres exigences, qui ne relèvent pas du secteur de la santé, en l’occurrence les indemnisations.C’est pour cette raison que je vous parle d’une approche pluridisciplinaire.”
Des journées d’études ou de sensibilisation, les conférences des spécialistes, selon les propos des proches des victimes et des malades alités (sous oxygène), n’intéressent plus personne, car ce n’est d’aucune utilité.Pis encore, une perte de temps et d’argent, toujours selon nos interlocuteurs. Côté juridique, le dossier semble tituber sans réelle avancée.
“Le décret exécutif n°10-201 du 30 août 2010, relatif aux mesures particulières de prévention et de protection des risques liés aux travaux de taillage et de polissage des pierres, promulgué et publié au Journal officiel n°51 de septembre 2010, n’a pas traité l’approche sociale et matérielle revendiquée par les familles des victimes de la silicose”, nous dit maître Koceila Zerguine (avocat à la cour de Annaba et membre du conseil national de la LADDH (Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme).
“A la LADDH, nous comptons très prochainement demander une audience auprès de l’APN (Assemblée populaire nationale) pour proposer la création d’une caisse nationale qui porte une aide sociale et matérielle aux ayants droit des tailleurs de pierres (veuves et orphelins) de T’kout et de ses environs. Par ailleurs, nous organiserons une caravane de solidarité au profit des victimes des tailleurs de pierres, probablement au mois de janvier prochain. Annaba sera le point de départ de la caravane”, dira notre interlocuteur, concernant les futures démarches de la LADDH.
Rachid HAMATOU