YENNAYER 2961 (via AURESSIENNE KAHINA TAMAZIGHT)

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via AURESSIENNE KAHINA TAMAZIGHT

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Le vent des Aurès

Kaïs, le village urbanisé où vivait Cheikh Ali el Khencheli, est situé à une vingtaine de km de khenchela, en plein pays berbère chaouia. Il se rattachait jadis à la commune mixte de khenchela et ressemblait, dans sa morphologie et son organisation sociale, aux autres villages de l’Aurès.

Selon la configuration de Léon l’Africain, l’Aurès déborderait de loin sa géographie linguistique actuelle. Le quadrilatère Batna-Khenchela-Biskra-Khangat Sidi Nadji délimite un territoire où vivent des populations qui descendent de tribus fort variées.

Les souches chaouias ne sont plus nombreuses. Dans l’oued Abdi, qui reste la région la plus berbérisée de l’Aurès, on compte aujourd’hui beaucoup de tribus arabes berbérisées, comme les Bni Bou Slimane.

Le terme chaouia, apparu à peu près au XIVe siècle, a en arabe le sens de « pasteur ». Bien que les Chaouias soient des éleveurs de moutons, leur mode de vie reste sédentaire. Les thaquelathin (villages) de l’Aurès sont construits sur des pitons, comme en Kabylie. L’organisation juridique et sociale est régie par la jama’a, composée d’imokranen (assemblées d’anciens de moralité et d’ascendance nobles), élue ou désignée par un ensemble de tribus.

Le dialecte berbère de l’Aurès, deuxième d’Algérie par son importance démographique, a tendance à se raréfier, et les jeunes générations ne le pratiquent plus. Quatre grande zones d’influence linguistique existent encore : à une trentaine de km de Constantine, la zone qui va d’Ain M’lila et de Khroub à Oum el Bouagui et à Aïn el Beïda est considérée comme le territoire des Herakta. Les Nemencha et une partie des Hanencha se trouvant au sud de Khenchela et de Tebessa délimitent la deuxième zone. L’Aurès d’Ouled Abdi, les gens de Nara et de Menaa, et anciennement les Touaba et les Aoudça, les Daouaouda et les Oudjana dans le Chéléa circonscrivent une troisième zone. La quatrième zone, la moins berbèrisé, se trouve à l’ouest de Batna en remontant vers Sétif.

Les parlers chaouias sont très proches de ceux du reste de l’Algérie. Le phonétisme chaouia présente les caractéristiques générales des parlers berbères de l’Afrique du Nord, à savoir un système vocalique ternaire (a, i, u)sans opposition de durée, avec une voyelle centrale neutre non phonologique et un système consonantique dont la spirantisation généralisée des occlusives est marquée dans un certain nombre de morphèmes par un simple souffle laryngal (h).

Dans les chansons en berbère chaouia et cet enregistrement, le mélange de l’arabe et du berbère apparaît de plus en plus fréquemment, de même que les formes syntaxiques ne correspondant pas aux règles du dialecte chaouia. A ce sujet, Cheikh Ali el Khencheli évoque le fait que la spontanéité des chouara (poètes-compositeurs) dont lui même fait partie impose un mixage entre l’arabe et le berbère qui, certes, déforme ces règles mais donne une puissance de diction et une poésie évidentes.le vent des aurès

ALI EL KHENCHELI

De son vrai nom Mahmoud Djellal, Ali El Khencheli fait partie d une génération de « cantateurs », tous disparus aujourd hui. Il est né à Khenchela, 1914, dans une famille paysanne originaire de Chréaa (Tbessa). Son père fit la guerre 1914-1918, et Ali se souvient encore de l enracinement profond du colonialisme et de l etat d indigénat auquel il était assujetti. Mais cela ne l a pas handicapé, car, outre la connaissance du Coran et de la grammaire arabe, il parle couramment français.

Ali El Khencheli débuta sa longue carrière de chanteur-compositeur en 1935. De cette époque, il évoque trois grands chioukh (pluriel de cheikh, maître) : Si Abdellah, Roumadhia et le célèbre Aissa El Jarmouni, dont la réputation dans tout le pays chaouia est légendaire. Ce dernier avait une voix si puissante, un timbre si limpide et un style d interprétation si émouvant qu Ali El Khencheli, au bout d une longue carrière, le reconnait encore. El Jarmouni est né à Arris, mais les mélomanes rattachent culturellement et esthétiquement son style de chant à celui des Heraka d Ain El Beïda. Il enregistra les premiers disques de musique populaire algérienne en 1928 à Paris, puis, en 1934, chez Bachir Reçalci, le représentant de la Baïdaphone a Tunis. El Jarmouni et Khencheli se sont associés de 1938 à 1945, et ce fut pour ce dernier la plus belle période de sa vie artistique.

En compagnie du grand gassab (joueur de flûte) Bendebache Ali El Khencheli enregistra son premier disque en 1949 chez Fista, une maison de production algéroise. Il composa plus de cinquante chansons, dont les quatre Kharjat men l hammam (Elle est sortie du hammam), Hezzi ayounek (lève les yeux); Ma lebestek men lahir (Je t ai t en couvert de soie) et Ajbouni ramgat ghzali (les yeux de ma gazelle m ont séduit), qui figurent sur ce disque. En revanche, les titres chantés en berbère sont anonymes. Sur toutes ses chansons, Cheikh Ali est accompagné par Sahraoui et Slimane, deux des plus grands gasab (flûtistes) chaouia. Leur talent est manifeste dans le titre intitulé Maaraka (bataille), où ils s’adonnent a un exercice de virtuosité absolue.

Ali El Khencheli est considéré aujourd hui comme le plus grand ghannaî (chanteur), mou allif (compositeur) et abendaîri (percussionniste) chaouia. Il compte dans son entourage beaucoup de mélomanes. Il est le denier détenteur d’unn style de chant aujourd hui disparu. A l écouter chanter Ma lebestek…, il nous semble traverser, en quelques minutes deux mille ans d histoire.

Presque récités, obéissant juste à l inflexion naturelle des mots, les quelques vers de cette chanson expriment la rigueur du climat auressien et le mode de vie austère de cette région. Même quand il s agit de chants amoureux, le charme de cette musique réside dans la sobriété.

Selon Cheikh Ali, aucune « luxuriance » d interprétation ne doit affaiblir une métrique affirmée, une tessiture vocale définie et une diction courte et régulière des vers. La voix de fausset qu’il utilise traduit, chez les Chaouias, le sentiment de puissance et la recherche des limites. La puissance vocale est recherchée pour l équilibre dynamique des sons produits par les gasabat (flûtes) et l abendair (tambour sur cadre). Quant à la voix de fausset, elle impose au chanteur un dénuement de fioritures pour la mélodie et une limite du registre des hautes fréquences.

Cette voix, qui frôle parfois la douleur, ne permet pas, selon les Chaouias, les extravagances et l efféminement de la musique citadine.

Dans la chanson berbère chaouia, la recherche du travestissement vocal (chanteur homme-voix de fausset) avantage largement les chanteurs masculins. Les femmes, à l’exception de Beggar Hada et de El Baïda, se sont surtout