OMAR DEROUICH


Omar Derouich, Taskiwin, coll. Intermezzo 7, éd. Emboscall, 2008.
OMAR DEROUICH

[…] Dans l’une des ruelles de la vieille ville apparaît un enseignant ; prenant le chemin du boulot, il traverse la palmeraie et se précipite à l’école toute proche. Aujourd’hui, il y organisera un sit-in, il ne sait pas jusqu’à quand il cessera cette action. Il en a marre d’avoir à garder cinquante-deux petits enfants en classe : certains partagent leur pupitre à trois ; ce qui l’ennuie le plus c’est ce manque de moyens pour apprendre l’amazigh maintenant que cette pensée unique exprimée en arabe et en français commence à lâcher .

La réalité est lourde : pas de livres et pas de formation d’enseignants ; le plus choquant est le fait de remplacer les cours d’amazigh par d’autres matières ; et c’est ce qui provoque l’enfermement de notre instituteur à l’école.
Les textes amazighs sont transcrits en caractères latins ; les textes catalans sont traduits par Josep Maria Jarque. Le recueil est préfacé par Jordi Badiella.
ÉCRIRE À TAMAZGHA

La pensée humaine est prodigieuse: en un instant, elle est capable de nous transférer aux endroits les plus impensables quoique la destination est inconnue.

Il y a quelques instants, cher lecteur, tu as pris la détermination de lire ce livre, et tu te vois déjà dans la cité d’Igulmimen au Sud-Est du Maroc. Bien sûr, dans ce désert, le temps s’écoule d’une façon tout à fait différente ; ce n’est pas une question de température. Tes mouvements deviennent plus lents et cela est très important pour quelqu’un comme toi qui es habitué à l’incontournable vitesse. La vie flue par là dans un autre rythme, l’entends-tu ?

Dans l’une des ruelles de la vieille ville apparaît un enseignant ; prenant le chemin du boulot, il traverse la palmeraie et se précipite à l’école toute proche. Aujourd’hui, il y organisera un sit-in, il ne sait pas jusqu’à quand il cessera cette action. Il en a marre d’avoir à garder cinquante-deux petits enfants en classe : certains partagent leur pupitre à trois ; ce qui l’ennuie le plus c’est ce manque de moyens pour apprendre l’amazigh maintenant que cette pensée unique exprimée en arabe et en français commence à lâcher .

La réalité est lourde: pas de livres et pas de formation d’enseignants ; le plus choquant est le fait de remplacer les cours d’amazigh par d’autres matières ; et c’est ce qui provoque l’enfermement de notre instituteur à l’école.

Il s’appelle Omar DEROUICH ; il a envoyé, dernièrement, à ses amis catalans, quelques poèmes écrits entre 1989 et 2006. Il a intitulé ce nouveau recueil Taskiwin (petites cornes), nom d’une danse amazigh propre au Haut Atlas au Nord-Ouest de Warzazat. Dans cette danse, les hommes accrochent aux épaules des instruments de musique en forme de petites cornes ; alors ils les font sonner par vibration.

Ce ne sont là ni des vers solennels ni raffinés ; l’auteur les adresse à la collectivité, ils les a écrits avec une fidélité têtue envers son identité. En fait, dans ces poèmes, il n’y met pas une emphase spéciale dans la culture de sa nation ; les vers jaillissent de ce qui a été exprimé déjà dans sa langue et visent ce qui n’a pas encore été dit.

Le poète juge que la poèsie traverse les consciences individuelles et collectives pour devenir un observatoire de l’esprit humain ; il juge également que le poète n’est pas un héros mais seulement quelqu’un qui écrit et qu’il n’y a pas de motifs pour le désepoir. Notre poète sait que nous pouvons penser dans une langue étrangère cependant nous pourrons difficilement y sentir. D’autre part, il est conscient qu’on peut mettre des entraves à l’apprentissage scolaire d’une langue – fait grave – et malgré tout, il est impossible de réussir à faire cesser, aux enfants, le sentiment en leur langue vitale. Cette nécessité a poussé notre enseignant poète à écrire ses poèmes.

Les auteurs de ce type de littérature ne vivent pas de leurs écrits ; leur inquiétude est spirituelle. Eux, ils lisent, chantent et publient leurs oeuvres avec leurs uniques efforts ; parfois, avec l’aide d’amis mais sans attendre aucune reconnaissance.

Heureusement, cette nécessité vitale possède aussi des lecteurs de cette littérature. Dans ce sens, Tamazgha, pays des Amazighs, est un lieu spécial ; il ne renvoie pas exclusivement à la littérature mais ce territoire devient même un concept spirituel.

Jordi Badiella
omar derouigh

EL PRESIDI DE TUTCA

 

En aquest poema, l’autor recorda el seu
empresonament injust durant els
esdeveniments que van tenir lloc el maig de
1994 a Imteghren al sud-est del Marroc. Les
autoritats marroquines el van empresonar al
penal de Tutca (Raxidia) ple de criminals i
brètols condemnats a llargues penes de presó.
La primera part és una crida plena
d’indignació pel tractament dictatorial que
reberen en aquella ocasió els honorables i
pacífics militants amazigs. El poder marroquí,
conegut pel seu arabisme, declarà la guerra
als amazigs, negant-los tots els seus drets
d’éssers humans. Tenint en compte la noblesa
de la causa defensada, el poeta expressa el seu
compromís i la seva determinació a prop dels
seus i de la seva llengua materna, la llengua
dels Homes lliures.

EL PRESIDI DE TUTCA
És el tres de maig,
el segrest de joves recomença.
Ben amarrats,
se’ls emporten cap a la presó:
adéu-siau, escola fidel!
Junts, amb els criminals
de Tutca, dur penal!
Tasteu la injustícia brutal
i el pa sense sal,
vosaltres, que aneu errats,
vosaltres, deixebles d’honor!
El poder sense cor, ens reitera els enganys.
Foragitarem tenebres i acusacions
d’amos burletes i autoritaris?
La rèplica és ben clara:
la nostra identitat
–que tant i tant els irrita–
bategarà, sens treva,
per sempre més,
en els nostres cors.


AKURMU N TUCKA


Kraḍ mayyu, inekraf
s akurmu n Tucka,
nettuzuḥ-d izwir n wass
s akurmu n Tucka,

nettukref d imednunas
g ukurmu n Tucka,
neča aγrum amessas
g ukumu n Tucka;
nenẓa ur nesskir lbas,
nga tarwa n tissas.
Nnan-aγ ayt tkerkas:
« Tamaziγt, neqqen-as! »

Neggulla nekwni d tillas

ur nettemsasa;
ummṛent fellaγ tlumas,
ar nettusetsa.
Surten gezmen aγaras,
semden s taḍṣa.
Naru i ayt tkerkas:
« Tamaziγt, neks’ as! »

Ittwassen udabu amerruki s uḍeffur n
tεerbaẓri, ar issenkar tirit g Yimaziγen, netta
yasen-ittekksen izerfan-nnsen n yifganen. Ar
isenfali umedyaz anemmuttel-nnes d teγtestnnes
γer yidis n yimyisaten-nnes d tutlaytnnes
tanyut, tutlayt n yilelliyen, acku
tehhugger tmentilt γef ittrara.
􀁞

􀁞
Da d-issektay umedyaz, g tmedyazt-a,
askurmu aruγdim nna yas-ittugan g tmegga n
mayyu 1994 g Yimteγren g unẓul ugmiḍ n
Merruk. Sudsen yinesduba imerrukiyen
ammuker-nnes gren-t-inn g yiwen ukurmu
γur imadlasen d yizubyaten ittuten s tefgurin
timeqwranin.
Da d-isskan umur amezwaru g uḍris
asmuγey n wul iga usnirt adankan ittugen i
yitsen yimeγnasen imaziγen imelwan ilin addur.

Dans ce poème, le poète rappelle son
incarcération injuste lors des événements de
Mai 1994 à Imteghren au Sud-Est du Maroc.
Les autorités marocaines ont organisé son
rapt et l’ont jeté en prison au milieu des
criminels et des voyous qui purgeaient de
lourdes peines.
La première partie soulève
l’indignation contre ce traitement dictatorial
à l’encontre d’honorables et pacifiques
militants amazighs. Le pouvoir marocain
connu par l’arabisme déclare la guerre aux
Amazighs en leur niant tous leurs droits
d’êtres humains.
En raison de la noblesse de la cause
défendue, le poète exprime son engagement
et sa détermination auprès des siens et de sa
langue maternelle, langue des Hommes

GEÔLE DE TOUCHKA
Troisième jour de mai,
le rapt des jeunes renaît;
ligotés vers la geôle:
adieu docile école!
Rejoins les criminels
de Touchka, citadelle!
Goûtez du pain sans sel
et l’injustice cruelle,
Vous qui êtes dans l’erreur,
vous, disciples d’honneur!
La puissance sans coeur
nous réitère ses leurres.
Chasserons-nous ces ténèbres
et des accusations de maîtres
moqueurs, autoritaires?
La réplique s’assure claire:
cette identité qui les écoeure
battra, encore, et nos coeurs!

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