Saint Augustin & Donat , deux berbères célèbres


st-augustin.jpgL’évêque Donat et St Augustin : Deux Antiques Berberes, deux sentiments antagonistes

Le Donatisme, un mouvement né avec l’invasion de l’empire Romain en Afrique du Nord plus, particulièrement au Maghreb Arabe [1], a cultivé une culture « anti-colonialiste millénaire, une réaction profonde de refus façonnée politiquement autour du duel interminable des deux églises. Rome a utilisé tous les moyens pour venir à bout de cette lutte (propagande, destruction des basiliques donatistes, confiscation des terres au profit des berbères romanisés et persécutions morales et physiques…) qui dura plus de quatre siècles, c’est-à-dire durant toute la présence de l’empire Romain secondé par les Byzantins. Donatistes et Circoncellions, berbères autochtones de Numidie et de Maurétanie Césarienne, ont marqué par leurs résistances l’histoire de l’humanité. Le Donatisme, fief de la paysannerie berbère, a laissé apparaître l’action prolétaire, étincelle de doctrines qui ont bouleversé la société durant le 19ème et 20ème siècle.

Pendant des siècles, l’invasion fût la seule forme de dialogue entre l’Europe et l’Afrique (Nord, Sud). Les expéditions militaires étaient mues par le seul mobile de l’intérêt économique :

- disposition de ressources, blé surtout à valeur stratégique (les pénuries et les famines constituaient un vecteur de troubles sociaux préjudiciables à la paix des empires), mais aussi de vin, de laine et d’énergie (bois, huile…). L’extension des empires augmentait les besoins.

L’invasion de l’Afrique par Rome ne déroge pas à cette règle, ni à quelques principes constants à toute occupation :

I- Le Primum Movens de toute occupation étrangère demeure donc la réalisation de bénéfices économiques.

II- La force occupante s’attèle toujours à dénier toute forme « d’entité nationale » des occupés, cherche et encourage les divisions ethniques, régionales et confessionnelles…

III- L’invasion bénéficie souvent d’un conditionnement honorable par l’invocation de prétextes moraux, …civilisateurs, …humanitaires (lutte contre la barbarie, les infidèles, les hérétiques…).

IV- L’occupant affuble les populations indigènes de caractères négatifs : fanatiques, rebelles, « terroristes », avec des chefs « illuminés », sanguinaires.

V- L’histoire enseigne que, très souvent, les missionnaires accompagnent les légionnaires pendant les expéditions.

La vie de St Augustin, son itinéraire politico-épiscopal, ses écrits (ses confessions entre autres…) intriguent sur les motivations profondes de l’action de cet illustre compatriote millénaire. Le recul, aussi important aujourd’hui, qui permet d’évacuer toute réaction de susceptibilité de quelque apologiste que ce soit, autorise un postulat qui peut être pertinent que prétentieux. L’évêque St Augustin, ne serait-il pas un produit de Rome pour contrecarrer les adeptes de l’évêque Donat. En effet, l’oeuvre de St Augustin a été vouée à Rome et l’église catholique impériale, contre ses compatriotes qu’il a combattus : Donatistes et circoncellions. Pour Rolland Tournaire, saint Augustin n’est que le suppôt d’un christianisme romanisé – en Italie, en Gaule ou en Espagne et issu des familles aristocratiques de l’Occident chrétien – qui a tenu les grandes propriétés foncières et les rênes du pouvoir politique et culturel. Il est de plus responsable d’un malentendu fondamental sur le libre-arbitre, en attribuant un péché à la chair de l’homme, et en défendant un christianisme soumis aux autorités politiques, sur la base d’une lecture de l’épître de Paul aux Romains. Les Donatistes alliés avec d’autres révoltés, chefs tribaux dont l’autorité se trouve mise à mal par l’administration municipale de l’empire, « barbares, pilleurs de villes », organisés en bandes, « esclaves fugitifs… », soit un véritable « front national Africain » hostile à l’Empire, qui a déclenché un véritable mouvement de protestation et de refus contre la notion de « colon » établie par Rome. Le cri de « guerre » commun était « DEO LAUDES » opposé à « DEO GRATIS » des catholiques.

St Augustin naquit à Thagaste( Souk Ahras) en 354. Il y fit de solides études qu’il continua à Madaure et enfin à Carthage, capitale intellectuelle et politique de la grande Numidie. Il mena une vie « très libre » qu’une certaine prévenance des historiens empêche de la qualifier de « dévergondée ». Il prit une maîtresse à l’âge de 18 ans, et fréquentait comme les autres étudiants le théâtre, le cirque et se plongeait dans ce qu’il appelle « La chaudière des honteuses Amours » (SARTAGO FLAGITIOSORUM AMORUM). « Il se vouait avec un zèle égal à sa maîtresse et ses études ». Son âme tourmentée l’avait conduit à s’essayer tour à tour au MANICHEÏSME, au PROBABILISME, et il s’adonna enfin au NEOPLATONISME qui l’amena au christianisme.

Au cours d’une retraite à CASSICIACUM près de Milan, il décida de se soumettre à l’autorité de l’église impériale. Est-ce une décision imprégnée d’une foi profonde au catholicisme, ou plutôt en détectant ses qualités exceptionnelles dans le discours, « les services » de Rome l’ont approché pour sa conversion, et puis en faire une barrière spirituelle face au donatisme ancré en Numidie et Maurétanie. Il revint aussitôt à Thagaste, sa terre ancestrale. Vers la fin de l’an 391, le peuple d’Hippone « l’élut prêtre par surprise ». Une promotion qui alimenta le discours de la rue. Cette surprenante élection, était peut-être le fait d’une manipulation, c’est-à-dire une fraude électorale organisée par l’administration de l’empire. En un laps de temps très court, il devint le conseiller et l’ami de l’actif évêque de Carthage, AURELIUS, puis évêque d’Hippone en l’an 395. Cette ascension surprenante, est peut-être le résultat d’une promotion complaisante afin d’asseoir son autorité, garante d’une liberté d’action par rapport à Carthage, où Aurelius l’instigateur de cette « élévation au grade » garde l’oeil de maître pour Rome.

Pour l’Empire Romain, l’unité doctrinale (catholicisme) demeurait un garant de la soumission du prolétariat agricole, véritable nid du Donatisme. La mission assignée à St Augustin, était la destruction du Donatisme Africain, potentiel rassembleur et catalyseurs des vélléités nationalistes anti-romaines. L’exercice de la dignité épiscopale au service de « la cité de dieu » constituait une couverture de luxe pour la mission de St Augustin en terre d’Afrique. Les moyens utilisés dans l’accomplissement de sa « noble mission » restent la polémique et la propagande, critères de choix dans le combat politique. Dans ce sens, « l’évêque d’Hippone a donné à la polémique chrétienne un prestige décisif ».

L’église au service de l’Empire, proclamait la légitimité de l’esclavage (nécessités économiques obligent : traction humaine…) et justifiait l’inégalité sociale (« l’église aiderait les humbles pourvu qu’ils acceptent l’inégalité sociale et s’y soumettent »). La plus grande victoire politique de St Augustin a été la conférence contradictoire de Mai 411, dont la sentence fut la condamnation solennelle du Donatiste. Sur proposition de St Augustin, des lois répressives furent promulguées à l’encontre des donatistes, berbères autochtones.

Pus tard, en 418, St Augustin accula l’évêque donatiste EMERITUS de Césarée (Cherchell), qui était orateur à la conférence de Carthage, à la retraite de toute vie publique, et ce, après un débat auquel il le convia à Césarée même.

Une position du saint Africain, pendant la polémique avec les donatistes, met à mal même ses apologistes les plus convaincus, et renseigne sur l’instinct politique profond de l’enfant de Taghaste de Numidie, loin de l’âme du pardon, de charité et d’humilité de la foi chrétienne. St Augustin formula un principe redoutable : « la nécessité de la terreur utile exercée par les pouvoirs publics pour ramener « le front du refus », c’est-à-dire les donatistes à l’orthodoxie et empêcher les faibles de s’en écarter ». Un tel comportement pourrait s’expliquer de la part d’une autorité politique dans le cadre d’une « raison d’état », mais ne peut être admis dans un cadre religieux, car il constitue une véritable incitation aux persécutions et aux massacres, qui plus est de ses compatriotes. Finalement, l’église impériale de Rome colonisatrice a triomphé dans les Maurétanies et la Numidie, grâce au « génie » de l’autochtone berbère St Augustin. La Numidie a enfanté deux évêques Donat et St Augustin. L’histoire retiendra deux lectures différentes selon les itinéraires de chacun, mais une seule conclusion est à retenir : l’Empire Romain a réussi avec ST AUGUSTIN de Thagaste, là où il ne pouvait pas réussir avec DONAT des Nememchas. Les dignitaires Donatistes de la Maurétanie Césarienne reposent sous la basilique de ROBBA à Benian (ALA MILIARIA). Oui, le donatisme était un mouvement de protestation « anti-colonialiste » de dimension nationale.

par Dr : Reffas Driss, in Le Quotidien d’Oran

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s