Les femmes chaouias


 

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Comme toutes les sociétés amazigh, la société chawie était fondée sur l’opposition entre le masculin et le féminin, principes complémentaires. Cette division était poussée très loin, jusque dans les moindres détails de la vie. Pour ne donner qu’un exemple, seul l’homme pouvait labourer et conduire l’attelage, mais seule la femme pouvait binait le jardin. La description que nous donnons correspond à la société telle qu’elle existait il y a encore cinquante ans. Depuis, bien des choses ont changées.

La condition de la femme Chawie était très dure, en vertu des tâches quelle devait assumer. Maîtresse de la maison, tous les travaux domestiques lui incombaient. Chez les Chaouias sédentaires, elle s’occupait également du jardin. Chez les Chaouias semi nomades, elle restait à la maison pendant la transhumance et assumait la responsabilité du chef de famille. Son importance dans la famille était encore plus grande que chez les Kabyles. En contre partie, elle y était encore plus respectée.

L’une des originalités de la société chaouia résidait d’ailleurs dans la condition des femmes.
Elles formaient une société particulière, à laquelle les jeunes filles étaient initiées très tôt. Elles y apprenaient les ruses contre un ennemi commun : les hommes. Elles y apprenaient aussi la magie et ses rituels. On peut parler d’un véritable contre-ordre féminin, qui s’il n’a pas la puissance de l’ordre masculin, est capable toutefois dans de nombreuses circonstances de le contrecarrer.    

La femme avait en général une fonction de prêtresse agraire. Elle seule connaissait la magie amoureuse, mais aussi la magie maléfique. Elle était respectée pour ses bienfaits, puisqu’elle était médecin et devineresse et protectrice contre les mauvais esprits. Mais pour la même raison, médiatrice entre l’ordre humain et l’ordre des esprits,  elle était crainte, puisque capable d’une magie dangereuse contre laquelle les hommes n’avaient aucun pouvoir. C’est aussi pourquoi elle était respectée. Certains ethnologues ont vu la survivance de coutumes africaines anciennes, ce qui est fort possible mais non prouvé.

Dans le mariage, on retrouve les mêmes principes. Un proverbe chaouia dit : «Pour une fille, il n’y a que le mariage ou la tombe ». Mais dans le mariage, on retrouvait pourtant un respect relatif des femmes.

La jeune fille pouvait être mariée très jeune et son père disposait du droit de contrainte. Cependant, il n’était pas rare qu’une femme imposait son choix lorsqu’elle avait passé l’âge de la puberté. Le jeune homme possédait aussi un droit de choix. Le plus souvent il préférait la fille de son oncle paternel, ou à défaut maternel, ce qui resserrait le clan. On retrouve la tradition du mariage avec la cousine parallèle décrite précédemment. La pression était donc moins forte que chez les Kabyles concernant les choix du mariage. Mariages d’amour ou de raison, ils étaient très souvent désirés par les futurs époux.

La raison s’en mêlait souvent, cependant :

  • Le système des çoff interdisait certaines unions, qui auraient été considérés comme infraction à l’honneur. Comme les çoffs sont organisés par village, concrètement, ceci empêchait le mariage hors du village. On retrouve la même pratique que chez les Kabyles, la pérennisation du village.

  • Une des activités importante de la femme était le tissage de la laine, qui est une activité qui demande une grande habileté. Une bonne tisserande était un parti très recherché. Les jeunes filles issues de familles riches ayant plus de loisirs, elles avaient beaucoup plus de facilité de devenir expertes en ce domaine. Cependant, certaines jeunes filles pauvres y parvenaient également et étaient alors très attirantes pour un jeune homme riche.

Le système de la dot existait mais celle-ci restait propriété de la femme, ce qui est une originalité importante des Chaouias . Elle pouvait en réduire le montant, ce qui obligeait le mari à lui en faire l’aumône. Elle pouvait même décider son annulation, ce qui lui laissait alors la possibilité de divorce sans restitution de dot. Utilisant des lois musulmanes (institution des Cadi, depuis 1866) la femme chaouia avait en fait la liberté de fait du divorce : elle pouvait forcer son mari à la répudier sans contre partie, puisque la restitution de dot était annulée.
La soumission au mari n’était qu’apparente. Au mariage la femme devait soumission totale à son époux, qui disposait même d’un droit de correction, et elle n’avait aucun droit de décision. Cependant elle disposait vite, de fait, d’une influence considérable. La polygamie était interdite. Dans l’économie familiale la femme jouait un rôle majeur. Elle était au moins consultée, et souvent elle participait aux décisions. Parfois les femmes intervenaient dans les conflits entre familles sans en référer aux hommes.
La femme mariée continuait de porter le nom de son père, même si le mariage comportait une cérémonie qui avait pour but de « lui faire oublier le chemin de la maison de ses parents ». Mais en cas de veuvage, elle retournait dans son clan paternel.

L’homme possédait un droit de répudiation. Il s’appliquait dans les cas suivants : 

  • En cas d’adultère, le mari et non la famille, comme chez les Kabyles, était seul juge de la sanction : répudiation ou mise à mort de sa femme. Dans ce dernier cas la famille de la femme exigeait la vengeance : il lui fallait venger ce manquement à l’honneur. Évidemment la famille du mari le défendait, et il pouvait s’en suivre des conflits violents entre familles allant jusqu’à des meurtres. Mais il était heureusement très rare que l’on en arrive là.

  • La stérilité. En ce cas, on recourait à des pratiques magiques, et la répudiation n’intervenait que quand après bien des efforts, elle était avérée..

  • L’inaptitude totale au travail de la laine, cas très rare. Chez les Chaouias si une jeune femme se montre mauvaise tisserande, ce qui était notamment le cas des jeunes filles mariées très jeunes,  la belle-mère entreprenait avant tout de parfaire son éducation.

De plus, le divorce existait. Il pouvait être de l’initiative de l’homme, mais aussi de la femme particulièrement si elle était maltraitée. La femme battue pouvait quitter son mari, au nom de l’honneur.
Que la femme soit répudiée ou qu’elle soit divorcée, elle pouvait prendre un statut particulier, celui d’Azriya.

Une Azriya est en fait une courtisane. Elle dispose d’une grande liberté, et même si elle est considérée comme une femme de « mauvaise vie » elle est entourée de considération. Elle a une grande influence dans certaines cérémonies, où ses danses sont indispensables, notamment lors des mariages. Il arrivait qu’une Azriya se retrouve enceinte, vue la liberté de mœurs. Dans ce cas, les enfants nés hors mariages étaient rattachés au clan maternel.

Le statut de la femme chaouia apparaît comme intermédiaire entre celui de la femme kabyle et de la femme touarègue noble. Si la loi masculine s’applique, le semi-nomadisme des hommes lui laissait plus de liberté.

                    source:Convergences

La Lettre Des Aurès *** Izen u-Cawi

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Une réflexion sur “Les femmes chaouias

  1. ça ne rigole pas dans ces sociétés qu’avant je croyais plus libres, démocratiques ! En fait entre l’image qu’on veut bien, et que l’on s’applique à donner en Europe est trompeuse, fausse pour dire vrai ! Très souvent je rencontre des collègues et des amis qui laissent entendre que les femmes kabyles et chaouies sont libres et respectées. En réalité, je mesure maintenant la distance qu’il ya entre une propagande des originaires fortement consensuelle avec celle de certains mileurs intellectuels européens, et la réalité historique et sociale. Ce ne sont pas des sociétés où la femme est véritablement de statut égalitaire avec l’homme. Les archaîsmes y sont violents comme partout ailleurs en pays d’Islam. Et le fait qu’elles ne portent pas de voile est aussi trompeur, car ces femmes sont exploitées et doivent trimer dur, demeurer sous une tutelle masculine intraitable . Les sciences sociales devraient progresser dans le sens de ces réalités et arrêter de fournir des analyses spécieuses. C’est rendre là le plus mauvais service aux générations nouvelles de là-bas et d’ici. progresser aussi dans cette opposition manichéenne entre arabes et berbères, tant les différences sont artificielles. Algériennes et Algériens devraitent plutôt se servir de leurs atouts pour former un grande nations riches de ses pluralités. Au diable, la lepénisation des principes de ce peuple. Bonne chance et bonne route, chère Algérie.

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