La maison jaune

La maison jaune

13 août 2007

Avec « La maison jaune » , le réalisateur Amor Hakkar se retrouve en compétition internationale au festival de Locarno. Pour lui, c’est « miraculeux ». Interview.

 

Après beaucoup d’années « sans », le réalisateur propose un film humble autour du deuil, de la douleur et de l’espoir.

Humilité et densité viennent à l’esprit en rencontrant Amor Hakkar. Ce Français de Besançon aux racines algériennes – les montagnes des Aurès – vit un petit miracle à Locarno après une traversée du désert cinématographique de plus de dix ans.

Avec son film « La maison jaune », il concourt pour le léopard d’or. « Mon film est un tout petit film porté à bout de bras, indique le réalisateur. C’est pourquoi Locarno, c’est fabuleux. Ce festival permet aux petits films de vivre ! »

Humilité, densité et sobriété de la mise en scène qualifient très bien ce film. Cette histoire universelle est celle de la perte d’un fils et de la difficulté à surmonter la douleur.

Joué par le réalisateur et des habitants de sa région d’origine, le film montre un père paysan qui, aidé de ses filles, cherche à consoler sa femme murée dans sa souffrance.

Dans ce paysage qui n’a jamais vu de cinéaste, Amor Hakkar filme la douleur mais aussi la pudeur et la bienveillance. La vie va finir par reprendre le dessus, grâce à l’image, justement.

swissinfo : Votre film évoque le deuil, la douleur, la difficulté d’en sortir. Qu’est-ce qui vous a amené sur ce projet ?

Amor Hakkar : J’ai été sensibilisé à ce sujet par le fait d’avoir accompagné mon père – paix à son âme. Mon père est décédé en France et a souhaité être enterré en Algérie.

J’ai été conduit à le raccompagner jusqu’à son petit cimetière dans le douar dont il était originaire, dans la montagne des Aurès, à 2000 mètres d’altitude à peu près, en Algérie.

A travers ce périple, j’ai ressenti beaucoup de choses. Et des années après, j’ai eu envie d’écrire un sujet pour retranscrire les émotions que j’avais ressenties et vécues.

swissinfo : Qu’avez-vous voulu transmettre à travers ce film ?

A.H. : Ce qui m’intéresse et qui me préoccupe le plus, peut-être, c’est la compréhension entre les êtres humains. C’est l’amour, qu’on ne voit pas toujours, dont on peut peut-être penser qu’il a disparu, mais qui existe encore.

J’avais envie, en tous les cas dans ce film-là, de parler d’amour. D’amour, de respect, plus globalement d’humanité. Je crois qu’à travers ce film, j’avais envie de faire un break. Et de dire, juste le temps d’un film : on peut se regarder, on peut se parler, sans avoir d’a priori. On peut s’aider, se soutenir, se tolérer. On peut aussi, un peu, s’aimer.

swissinfo : Ce film est aussi pour vous un retour vers vos racines . Qu’avez-vous ressenti à retrouver cette région que vous ne connaissiez pas ?

A.H. : Les couleurs, les odeurs, des sonorités, des lumières qui, probablement, étaient ancrées en moi depuis des générations. Mais d’un seul coup, j’ai ressenti tout ça et j’ai compris combien elles étaient vitales pour mon équilibre personnel.

Cette partie ignorée de moi-même, je l’ai redécouverte. Après ça, j’ai pu me sentir mieux. Et entier.

swissinfo : Vous avez tourné avec des acteurs non-professionnels, en berbère, dans un pays relativement fermé. Quelles ont été les difficultés rencontrées ? A.H. : Etrangement, pas trop de difficultés d’ordre administratif. Bien sûr, obtenir les autorisations, c’est long. Localement, personne ne prend de décisions. Même si on a une autorisation nationale du ministère de la santé, le directeur de l’hôpital refuse de l’appliquer en l’absence d’un fax reçu cinq minutes avant notre arrivée.

La difficulté, en Algérie, c’est que les initiatives individuelles sont gommées. Plus personne ne prend de risque ou d’initiative. Mais d’un point de vue administratif, on arrive à s’en sortir.

Autre difficulté, les gens ne sont pas toujours sensibilisés au cinéma. Un des grands problèmes a été pour nous de filmer les femmes.

Pour la scène du cimetière, où je ne souhaitais pas spécialement des femmes voilées, les deux figurantes qui accompagnent la mère du jeune garçon portent le voile. C’était la condition ou elles ne tournaient pas.

swissinfo : A la fin, la mère découvre son fils en vidéo et esquisse un sourire. Est-ce aussi une allégorie pour dire votre foi en l’image et le cinéma ?

A.H. : Oui, bien sûr. Pour finir le film, et aussi pour dire que l’espoir doit toujours demeurer. A plusieurs niveaux. Tout simplement d’abord par rapport à mon propre cheminement, où j’ai cru que je ne ferais plus jamais de films. J’ai eu la chance d’en faire un autre et d’être présent aujourd’hui à Locarno, ce qui n’est pas rien.

L’espoir ensuite par rapport… peut-être pas au bonheur, mais à l’idée qu’au plus profond des Aurès, un espoir peut naître. C’est pour moi un message très important. Je continue à croire en l’être humain, même si ce n’est pas toujours évident.

swissinfo : En conférence de presse, l’émotion vous a submergé, vous avez fondu en larmes. Pour quelle raison ?

A.H. : Je ne suis pas seul dans ce cas-là, mais c’est miraculeux pour nous d’être ici. D’un seul coup, les choses sont concrètes. Tout à l’heure, je ne rêvais plus.

Je ne peux m’empêcher de repenser à notre situation d’il y a encore quelques mois. Etre ici aujourd’hui, ça veut dire aussi qu’on a peut-être eu raison de nous battre pour ce film.

Interview swissinfo : Pierre-François Besson à Locarno, 08/08/2007

(1) « La maison jaune », durée 82 min, production : SarahFilms

Amor Hakkar nait en 1958 dans les Aurès mais quitte la région à six mois avant que sa famille ne s’installe à Besançon. Après des études scientifiques, il se jette dans le cinéma et l’écriture. Il réalise un court puis un long métrage en 1992, « Sale temps pour un voyou ». Comme écrivain, Amor Hakkar a en particulier signé « La cité des fausses notes » en 2001, ouvrage qui a obtenu le prix du livre Marcel Aymé.

Le palmarès du film ’La Maison Jaune »

Prix du Jury des Jeunes

Le Jury lui a décerné le troisième prix (2 000 CHF), offert par le Département Cantonal de l’Instruction, de la Culture et du Sport du canton Tessin

Prix du Jury œcuménique :

Le Jury lui a décerné son prix (20 000 CHF) offert par les Églises Reformées Évangélistes et Catholiques Romaines de Suisse à utiliser pour la distribution du film en Suisse.

Prix Don Quijote

Le Jury lui a décerné son prix Don Quijote offert par la Fédération Internationale des Ciné-Clubs (FICC/IFFS)

Le Léopard d’Or (90 000 CHF) est attribue au japonais Masahiro Kobayashi pour son film Ai No Yokan


LES GRANDES PERSONNALITES BERBERES

Saint Augustin (354 – 430)

C’est le plus célèbre des écrivains africains de langue latine. Son père était païen, mais sa mère, Monique était une Berbère christianisée. Il naquit à Thagaste (Souk-Ahrase) en 354. Il fit ses études dans sa ville natale puis à Madaura (M’daourouch) et Carthage. Il fit une brève carrière de grammairien en Italie et c’est là, sous l’influence de l’évêque de Milan, Ambroise, qu’il se convertit au christianisme. Il revint en Afrique où il fut élu, en 391, évêque d’Hippone (Annaba). Il allait consacrer toute sa vie à faire l’apologie du christianisme qu’il défendit avec passion contre les hérésies, notamment le donatisme. Le livre le plus célèbre de Saint Augustin est  » les Confessions  » où il raconte sa vie. Dans un autre ouvrage,  » la cité du Dieu « , il attaque les adversaires de l’Église et fait l’éloge de l’orthodoxie chrétienne. Il critiqua sévèrement les défauts de l’État, mais il recommanda aux chrétiens de lui obéir pour éviter les dissensions et les hérésies. Il écrivit un livre sur l’interprétation des Écritures ( » La doctrine chrétienne « ) et démontra, dans un autre, l’harmonie des quatre Évangiles ( » Du consensus des Évangélistes « ). Il rédigea des milliers de sermons et lettres, mais près de trois cents seulement ont été conservés. Ces textes, comme toute son oeuvre, révèlent un puissant écrivains, un rhétoricien et un polémiste de talent.
Jugurtha (Yougarten) (160 av. J.-C.- 104 av. J.-C.)

Roi de Numidie (113 av. J.-C.- 104 av. J.-C.), petit-fils du roi Masinissa. Aprés la mort de son oncle Micipsa (118 av. J.-C.), qui avait succédé à Masinissa sur le trône, Jugurtha envahit les possessions du fils de Micipsa, Adherbal, et usurpa le trône. Jugurtha résista obstinément à l’intervention des Romains (111 av. J.-C.- 106 av. J.-C.). Il fut finalement battu et emmené prisonnier à Rome, où il fut exhibé lors du triomphe du général romain Sylla, en 104 av. J.-C. Jugurtha mourut en prison.
Massinissa (M’mis n’Iza)

Né vers 240 av. J. C.). Roi des Numides orientaux. Élevé à Carthage, il fut d’abord l’allié des Carthaginois, avec lesquels il combattit Syphax, roi des Numides occidentaux, puis les Romains en Espagne. Vers 206, il noua des intelligences avec Scipion et seconda désormais les Romains dans leur lutte contre Carthage; grâce à leur appui, il put faire prisonnier Syphax (203), dont il épousa la femme, Sophonisbe. Scipion désapprouva ce marìage parce qu’il voulait faire paraître Sophonisbe à son triomphe mais Masinissa, pour épargner cette honte à la princesse numide, lui envoya du poison. II commanda la cavalerie à Zama, où il contribua beaucoup à la victoire (202) et devint le plus puissant souverain de l’Afrique du Nord, imposant son autorité depuis la frontière tunisienne jusqu’à la Moulouya. Ce grand roi berbère étendit largement la civilisation punique mais ouvrit aussi son royaume aux influences helléniques.
Dyhia, la Kahina – La Debora berbère – (Morte en 705)

 » LA KAHINA  » Surnom de la « reine des Aurès », Dyhia, signifiant « la Prophétesse ». La Kahina régna sur plusieurs tribus de Berbères de l’Aurès, dont la sienne propre, celle des Djarawa, de 685 environ à 704 ou 705. À la fin du VIIe siècle, l’Afrique du Nord voit s’affronter trois forces : les Byzantins d’abord, solidement implantés sur les côtes, avec Carthage surtout et Septem (Ceuta) comme points d’appui ; les Arabes, ensuite, qui arrivent de l’est et tentent de pénétrer en Ifriqiyya (actuelle Tunisie) et, de là, dans tout le Maghreb (Occident) ; les Berbères habitants des lieux, groupe homogène du point de vue ethnique mais profondément divisé selon qu’ils sont nomades ou sédentaires, agriculteurs ou citadins commerçants. Carthage tombe (695) devant Hasan ibn al-Nu’man al-Ghassani, nouveau gouverneur de l’Ifriqiyya. L’empereur Léontios réussit à reprendre la ville, mais seulement pour trois ans. De son côté la Kahina parvient à refaire l’unité berbère autour de sa personne et de sa tribu. Elle écrase l’armée d’Ibn al-Nu’mân, sur les bords de la Miskiyâna (près de Tébessa) dans le Constantinois et la repousse en Tripolitaine. En 798, Ibn al-Nu’man reporte ses efforts sur Carthage qu’il enlève, mettant les Byzantins en déroute : la maîtrise des mers dans le bassin occidental de la Méditerranée passe aux Arabes. Ibn al-Nu’man fonde Tunis. Un seul obstacle se dresse encore devant l’avance des Arabes vers l’ouest : la Kahina et le royaume qu’elle a constitué au Maghreb. Âme d’une résistance intransigeante, elle aurait pratiqué la politique désespérée de la terre brûlée, saccageant le pays, détruisant les villes et brûlant les plantations pour en détourner les Arabes et les décourager. Cette politique lui aliène la population sédentaire, tant citadine (grecque et berbère) que campagnarde. Ibn al-Nu’man tire parti de cette situation, réclame et reçoit des renforts armés que le calife ‘Abd al-Malik vient de lui envoyer (702) et reprend l’offensive; Certaines sources le prétendent. La bataille eut lieu à Tabarqa. La Kahina y fut vaincue et décapitée (en 704/05) au lieu dit depuis Bir al-Kahina (le puits de la Kahina). La voie vers l’Atlantique était ouverte aux Arabes. L’histoire de cette femme fougueuse et indomptable (la « Débora berbère »), a donné lieu à une considérable littérature, et de nombreux récits légendaires. Par ailleurs, si on se réfère à la tradition Juive, elle rappelle la mythique Reine Débora qui réveille le peuple Juif et le rassemble contre la servitude (La Bible, Livre des Juges V, Cantique à Débora, l’un des plus beaux et des plus anciens Cantiques de l’Ancien Testament). Pour être tout à fait objectif, certains auteurs contestent son appartenance à la religion juive, puisqu’elle aurait pu tout à fait être de la religion berbère ancienne, qui s’était maintenu partiellement dans les Aurès. Son appartenance au Judaïsme est généralement admise.
Apulée (vers 125 après J.C., 170)

Originaire de Madaura (M’daourouch), dans le Constantinois, il avait fait ses études à Athènes puis à Rome. Il s’installa ensuite à Carthage où il rédigea son oeuvre et acquis une grande renommée. Il rédigea de nombreux traités scientifiques (botaniques, médecine, gastronomie,…), aujourd’hui perdus. Son chef-d’oeuvre : les métamorphoses, ou l’Âne d’or, est un roman en onze livres qui raconte les aventures d’un jeune homme Lucino en voyage en Grèce. Il rencontra une sorcière et voulant se métamorphoser en oiseau, se trompa de produit et devint un âne. Désormais il allait mener la vie misérable des bêtes de somme, tout en gardant le sens du discernement. Lucino allait pouvoir, de cette façon, juger les hommes de l’extérieur. À la fin, touché par son malheur, la déesse Isis lui rendit sa forme humaine. Il renonça alors aux vanités du monde, se consacrant entièrement au culte d’Isis et de son époux Osiris.
Saint-Cyprien

Il fut d’abord un brillant rhétoricien païen, puis converti au christianisme, il devint évêque en 248. Il eut pour maître Tertullien, mais il ne fut pas, comme lui, un théoricien violent. Il fut, au contraire, un écrivain calme et mesuré, appelant à la paix, à la concorde et à l’unité de l’église. En 258, il tomba victime de la persécution de l’empereur Valérien. Son oeuvre consiste en traités de morale et en épîtres :  » sur les oeuvres et les aumônes « ,  » de l’unité de l’église catholique  »  » lettres « , etc.
Juba I

Roi de Numide. Fils et successeur de Hiempsal. Juba I est né en 85 av J.C. Il fut entraîné dans l’alliance avec les pompéiens contre César. Ce dernier, après avoir vaincu les pompéiens à Thapsus (46 av. J.-C.), modifia l’organisation de l’Afrique romaine en créant à l’ouest de la « Fossa regia » , avec l’ancien royaume de Numidie annexé, une « Africa nova ». Les deux provinces d’ « Africa vetus » et d’ « Africa nova » d’abord confié à Lépide, passèrent en 36 av. J.-C. à Auguste, qui annexa le reste de la Numidie (25 av. J.-C.) et dédommagea le fils de Juba Ier, Juba II.
Juba II

Juba II, est fils de Juba I. C’est le roi de la Mauritanie (25 av J. C). En cette période les romains ont fini par annexer toute l’Afrique du nord, pour y rester pendant 4 siècles. Juba II est un Berbère romanisé, savant, et collectionneur d’objets d’art, il est élevé à la cour d’Auguste et époux de la fille de Cléopâtre.
Abdelkerim El Khattabi (1882-1963)

chef des Rifains, berbères du nord du Maroc. En 1921, il souleva sa tribu contre un poste militaire espagnol établi à Anoual dans la chaine de montagnes du Rif, au Maroc, s’en empara et massacra plus de 16000 soldats. Ainsi débuta, sous la direction d’Abd el-Krim, la guerre du Rif qui ne s’acheva qu’en 1926. En 1924, les Espagnols durent battre en retraite vers leurs campements, le long de la côte marocaine. Au même moment, la France revendiqua le territoire situé au sud du Rif. L’année suivante, une force militaire française conduite par le maréchal Philippe Pétain, ainsi qu’une armée espagnole, engagèrent un mouvement concerté contre les Rifains. La lutte, acharnée, dura une année au terme de laquelle les armées alliées finirent par vaincre les forces d’Abd el-Krim. Il fut déporté sur l’ile française de la Réunion de 1926 à 1947, date à laquelle le gouvernement l’autorisa à s’installer dans le sud de la France. Mais, lors de son transfert en France, il s’échappa et accepta l’offre de protection du roi d’Egypte. Depuis Le Caire, il poursuivit sa lutte pour l’indépendance de l’Afrique du Nord. Il refusa de rentrer dans son pays natal après l’indépendance (1956). Cependant, le roi Hassan II fit rapatrier sa dépouille au Maroc.
Mouloud Mammeri (1917 – 1989)

Mouloud Mammeri est ne le 28 décembre 1917 0 Taourirt Mimoun (At Yanni). A douze ans, il se rend chez son oncle à Rabat (Maroc) où il commence ses études secondaires. Il y restera pendant quatre ans, avant de rentrer à Alger en 1934, pour achever ses études secondaires au lycée Bugeaud.
Il entame ses études supérieures à Paris au lycée Louis Le Grand avec l’intention d’y préparer le concours d’entrée à l’Ecole Normal Supérieure, projet avorté par la seconde Guerre mondiale.
Mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940, il s’inscrit à la Faculté de lettres d’Alger. Remobilisé après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
A la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de lettres et rentre en Algérie en septembre 1947. Il enseigne à Médéa puis à Ben Aknoun, et doit, sous la pression des événements, quitter Alger en 1957.
De 1957 à 1962, il reste au Maroc, avant de regagner l’Algérie au lendemain de l’indépendance. Mouloud Mammeri dirigea alors le Centre de Recherches anthropologiques préhistoriques et ethnographiques d’Alger (CRAPE) jusqu’à 1979, tout en donnant des cours à l’université d’Alger. Il eut également un passage éphémère à la tête de la première Union nationale des écrivains algériens qu’il abandonnera pour discordance de vue et de rôle de l’écrivain dans sa société.
Il fut maître de la chaire de berbère à l’Université d’Alger de 1962 à 1969 où certaines matières, telles l’ethnologie et l’anthropologie, jugées sciences coloniales par la tutelle durent disparaître des enseignements universitaires. Il anima alors bénévolement un cours de langue berbère jusqu’à 1973.
En 1982, il fondait à Paris le Centre d’études et de recherches Amazigh (CERAM) et la Revue Awal, comme il animait également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’école des Hautes études en sciences sociales (EHESS). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d’éléments fondamentaux pour le développement de la langue et de la littérature amazighes.
Mouloud Mammeri trouva la mort dans un accident de la route, près de Ain Defla, le 25 février 1989 à son retour d’un colloque à Oujda (Maroc).

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Saint-Augustin et Apulée, numides

Date: 29/11/2006 16:


sachez du temps de l'antiquité,donc pendant la période dans a vécu saint augustin ,(en amazir aughustine,aurustine)le mot ou nom kabyle n'éxistait pas et berbere non plus ,puisque berbere vient de barbare que les romains ont donné à la population d'afrique du nord (et toute population etrangere à rome) qu'on appelait numide et pour la population elle se dennomait ou se donnait le nom AMAZIR ,et KABYLE est un terme arabe comme chaoui ou touareg ou chleuh du maroc pour diviser la population numide (amazir)diviser pour reigner.alors il y'avait qu'une seul population en afrique du nord les amazirs ou (numides).et saint augustin est bien numide amazir ou berbere qui représente la meme ethnie d'afrique du nord .voila la signification de ces termes donnés par les arabes lors de la conquete de la numidie :kabyle ,de l'arabe qbail qui veut dire tribus ;chaouis de l'arabe (échaoui)qui veut dire berger chleuh de l'arabe (chelhi) qui veut dire dénudés ; touareg de l'arabe (tergui) qui veut dire abandonnés de @!#$. je vous invite à lire les oeuvres de cabriel camps un éminent berbérophoneet le livre de malika hachid(les premiers berberes, qui vous en apprendrons plus sur les bérbéres .quand à saint augustin ,que vous l'acceptiez ou pas ,il est bien AMAZIR (numide,berbere),il né à thagaste en 354 mort en 430 d'un pére berbere(amazir)paein du nom de patricius,et d'une mére bérbére de confession catholique MONIQUA(monique)s'aint augustin est marié à une berbere de carthage à l'age de 17ans ,il a eu un fils nommé ADEODAT,SAINT AUGUSTIN est mort le 28 aout 430 à hippone (annaba)actuel,il est l'un des principaux péres de l'église catholique latine,ses oeuvres "la trinité"les conféssion ou il expliquait comment son pére patricius le traitait de valet des romains et ou il revendiquait sa berbérité(amazirité)et la cité de @!#$, sachez aussi qu'à cette époque le maroc,l'algérie,la tunisie n'éxistaient pas ,il y'avait la numidie dans differentes régions étaient gouverné par 2à3chefs ou rois amazirs(bérbéres)vu le pays était vaste;je peux aussi vous apprendre que 3 papes amazirs(berberes)ont reignés sur le siége de saint pierre,du 1er au 2éme siecle SAINT VICTOR 4éme et 5éme siécle saint MILTIADE et SAINT GELASE 1er qui succéda à FELIX III le 1ER mars 492,et sachez aussi que c'est SAINT CYPRIEN éveque amazir de carthage (au temps ou l'église catholique de ROME s'était éffondrée)qui a décrété que désormais,le christianisme serait célébré en latin,encore une citation, pour dire que SAINT-CASSIEN,n'était pas un gardien de lac dans le haut var,mais un authentique évéque amazir(berbere) né à TINGIS(tanger)et sachez qu'à l'époque antique les bérbéres portaient des noms latins et non musulmans pour vous apporter encore plus de connaissances je vous donne quelques repéres de rois berbéres 203 av,jch MASSINESSA succéde à son pére GAIA roi de numidie ,148 av,jch décés de massinessa,JUGURTHA neveu de massinéssa lui succéde,alger portait le nom d'IKOSIUM,104av,jch jugurtha,aprés 7ans de guerre contre les romains,il fut trahi par son beau pére Bocchus,livré à sylla,il meurt étranglé à Rome,46 av,jch JUBA 1er roi berebre s'allie avec les pompéiens contre césar en 25 av.jch JUBA 2 élevé à Rome devient roi de la numidie, ptolémée fils de juba 2 lui succéde en l'an 40 aprés jch Ptolémée est assassiné à LYON (france) par son cousin caligula empereur de Rome ,qui s'empara de sa fortune et du royaume de numidie,235 aprés j.ch ALEXANDRE SEVERE le dérnier bérbére empereur de Rome est assassiné 311.430 aprés j.ch firmus roi berbere de la région de (kabylie actuel)se rend maitre de caesaria (cherchell actuel)et d'ikosium(alger)firmus trahi est livré aux Romains par son frére GILDON qui devient ainsi comte d'afrique j'usqu'à sa mort provoqué par son autre frére MASCEZEL.430-à 534 ,le siécle vandale . 534-à 647 siécle byzantin ,en 647 et 662 les arabes font leur premiére incursion,la suite nous la connaissons.

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Les femmes chaouias

 

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Comme toutes les sociétés amazigh, la société chawie était fondée sur l’opposition entre le masculin et le féminin, principes complémentaires. Cette division était poussée très loin, jusque dans les moindres détails de la vie. Pour ne donner qu’un exemple, seul l’homme pouvait labourer et conduire l’attelage, mais seule la femme pouvait binait le jardin. La description que nous donnons correspond à la société telle qu’elle existait il y a encore cinquante ans. Depuis, bien des choses ont changées.

La condition de la femme Chawie était très dure, en vertu des tâches quelle devait assumer. Maîtresse de la maison, tous les travaux domestiques lui incombaient. Chez les Chaouias sédentaires, elle s’occupait également du jardin. Chez les Chaouias semi nomades, elle restait à la maison pendant la transhumance et assumait la responsabilité du chef de famille. Son importance dans la famille était encore plus grande que chez les Kabyles. En contre partie, elle y était encore plus respectée.

L’une des originalités de la société chaouia résidait d’ailleurs dans la condition des femmes.
Elles formaient une société particulière, à laquelle les jeunes filles étaient initiées très tôt. Elles y apprenaient les ruses contre un ennemi commun : les hommes. Elles y apprenaient aussi la magie et ses rituels. On peut parler d’un véritable contre-ordre féminin, qui s’il n’a pas la puissance de l’ordre masculin, est capable toutefois dans de nombreuses circonstances de le contrecarrer.    

La femme avait en général une fonction de prêtresse agraire. Elle seule connaissait la magie amoureuse, mais aussi la magie maléfique. Elle était respectée pour ses bienfaits, puisqu’elle était médecin et devineresse et protectrice contre les mauvais esprits. Mais pour la même raison, médiatrice entre l’ordre humain et l’ordre des esprits,  elle était crainte, puisque capable d’une magie dangereuse contre laquelle les hommes n’avaient aucun pouvoir. C’est aussi pourquoi elle était respectée. Certains ethnologues ont vu la survivance de coutumes africaines anciennes, ce qui est fort possible mais non prouvé.

Dans le mariage, on retrouve les mêmes principes. Un proverbe chaouia dit : «Pour une fille, il n’y a que le mariage ou la tombe ». Mais dans le mariage, on retrouvait pourtant un respect relatif des femmes.

La jeune fille pouvait être mariée très jeune et son père disposait du droit de contrainte. Cependant, il n’était pas rare qu’une femme imposait son choix lorsqu’elle avait passé l’âge de la puberté. Le jeune homme possédait aussi un droit de choix. Le plus souvent il préférait la fille de son oncle paternel, ou à défaut maternel, ce qui resserrait le clan. On retrouve la tradition du mariage avec la cousine parallèle décrite précédemment. La pression était donc moins forte que chez les Kabyles concernant les choix du mariage. Mariages d’amour ou de raison, ils étaient très souvent désirés par les futurs époux.

La raison s’en mêlait souvent, cependant :

  • Le système des çoff interdisait certaines unions, qui auraient été considérés comme infraction à l’honneur. Comme les çoffs sont organisés par village, concrètement, ceci empêchait le mariage hors du village. On retrouve la même pratique que chez les Kabyles, la pérennisation du village.

  • Une des activités importante de la femme était le tissage de la laine, qui est une activité qui demande une grande habileté. Une bonne tisserande était un parti très recherché. Les jeunes filles issues de familles riches ayant plus de loisirs, elles avaient beaucoup plus de facilité de devenir expertes en ce domaine. Cependant, certaines jeunes filles pauvres y parvenaient également et étaient alors très attirantes pour un jeune homme riche.

Le système de la dot existait mais celle-ci restait propriété de la femme, ce qui est une originalité importante des Chaouias . Elle pouvait en réduire le montant, ce qui obligeait le mari à lui en faire l’aumône. Elle pouvait même décider son annulation, ce qui lui laissait alors la possibilité de divorce sans restitution de dot. Utilisant des lois musulmanes (institution des Cadi, depuis 1866) la femme chaouia avait en fait la liberté de fait du divorce : elle pouvait forcer son mari à la répudier sans contre partie, puisque la restitution de dot était annulée.
La soumission au mari n’était qu’apparente. Au mariage la femme devait soumission totale à son époux, qui disposait même d’un droit de correction, et elle n’avait aucun droit de décision. Cependant elle disposait vite, de fait, d’une influence considérable. La polygamie était interdite. Dans l’économie familiale la femme jouait un rôle majeur. Elle était au moins consultée, et souvent elle participait aux décisions. Parfois les femmes intervenaient dans les conflits entre familles sans en référer aux hommes.
La femme mariée continuait de porter le nom de son père, même si le mariage comportait une cérémonie qui avait pour but de « lui faire oublier le chemin de la maison de ses parents ». Mais en cas de veuvage, elle retournait dans son clan paternel.

L’homme possédait un droit de répudiation. Il s’appliquait dans les cas suivants : 

  • En cas d’adultère, le mari et non la famille, comme chez les Kabyles, était seul juge de la sanction : répudiation ou mise à mort de sa femme. Dans ce dernier cas la famille de la femme exigeait la vengeance : il lui fallait venger ce manquement à l’honneur. Évidemment la famille du mari le défendait, et il pouvait s’en suivre des conflits violents entre familles allant jusqu’à des meurtres. Mais il était heureusement très rare que l’on en arrive là.

  • La stérilité. En ce cas, on recourait à des pratiques magiques, et la répudiation n’intervenait que quand après bien des efforts, elle était avérée..

  • L’inaptitude totale au travail de la laine, cas très rare. Chez les Chaouias si une jeune femme se montre mauvaise tisserande, ce qui était notamment le cas des jeunes filles mariées très jeunes,  la belle-mère entreprenait avant tout de parfaire son éducation.

De plus, le divorce existait. Il pouvait être de l’initiative de l’homme, mais aussi de la femme particulièrement si elle était maltraitée. La femme battue pouvait quitter son mari, au nom de l’honneur.
Que la femme soit répudiée ou qu’elle soit divorcée, elle pouvait prendre un statut particulier, celui d’Azriya.

Une Azriya est en fait une courtisane. Elle dispose d’une grande liberté, et même si elle est considérée comme une femme de « mauvaise vie » elle est entourée de considération. Elle a une grande influence dans certaines cérémonies, où ses danses sont indispensables, notamment lors des mariages. Il arrivait qu’une Azriya se retrouve enceinte, vue la liberté de mœurs. Dans ce cas, les enfants nés hors mariages étaient rattachés au clan maternel.

Le statut de la femme chaouia apparaît comme intermédiaire entre celui de la femme kabyle et de la femme touarègue noble. Si la loi masculine s’applique, le semi-nomadisme des hommes lui laissait plus de liberté.

                    source:Convergences

La Lettre Des Aurès *** Izen u-Cawi

La langue en question

 

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Géographiquement, le pays Chèwi, plus communément connu sous le nom générique de Région des Aurès, se situe au nord-est de l’Algérie. Pays de montagnes et de hauts plateaux, adossé à l’Atlas saharien, qui en constitue le socle aurassien proprement dit, il correspond grosso modo à un territoire qui s’étend de Tébessa, dans le sud-est, à El Eulma, dans la région de Sétif, au nord-ouest. Il est délimité, au nord, par l’axe Constantine/Guelma, Biskra constituant sa frontière sud.

Cette définition géographique correspond bien entendu à l’aire de propagation de la langue Chèwie ; une donnée approximative, fondée sur des contacts personnels et des recherches faites à notre propre initiative, les autorités officielles étant, quant à elles, particulièrement allergiques à toute initiative allant en ce sens.

Pour ce qui est de l’importance numérique des Chèwies, des gens férus de statistiques estiment que nous sommes une population d’à peine quatre millions d’individus. Certains d’entre-nous affirment que le nombre exact des Chèwis se situerait autour du double de ce chiffre. D’autres estiment qu’il est quasi impossible de s’appuyer sur un quelconque certitude en ce domaine…

Mais, peu importe ! Quel que soit le cas de figure, nous sommes et seront toujours assez qualifiés pour exiger le respect du premier et du plus élémentaire des droits qu’un citoyen se doit de réclamer de son Etat : la défense et la promotion de sa langue maternelle.

Quant à notre importance, elle n’aura de sens que le jour où i’Chèwiyen, dans leur ensemble, auront pleinement assumé leur identité et recouvré l’intégralité de leur patrimoine culturel. Ce jour-là, que l’on s’aperçoive que nous sommes quatre millions d’âmes ou davantage ou beaucoup moins, cela n’aura que peu de sens : les vertus d’une culture se mesurent à la valeur de ses enfants et non à leur nombre ou à l’étendue de leurs possessions.

Laissons, donc, les statistiques à ceux qui aiment en manipuler les données, et contentons-nous d’être soi, ouverts sur le monde et confiants que l’avenir ne se construit pas par opposition à autrui et encore moins dans l’isolement, mais avec tous, et notamment (en ce qui nous concerne), dans le cadre d’un pays – d’un monde serions-nous tenté de dire – qui appartient à l’ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur langue, leur religion ou leur importance numérique.

Il est vrai qu’en ce domaine, nous revenons de loin. Car les idéologues qui nous prédisaient une extinction aussi rapide qu’inéluctable, bâtissait leurs théories sur ce fameux antagonisme qui, paraît-il, oppose ‘langues primitives et langues modernes’. Ces intellectuels inspirés, en faisaient un dogme dont ils déclamaient les vertus à tout vent.
Le fait est que, entre-temps, nous avons appris que la seule différence entre ‘un dialecte’ et une langue, c’est qu’une langue est un dialecte qui dispose d’une police et d’une administration. Autant dire : une langue n’est qualifiée de telle qu’en raison du pouvoir que détiennent ses locuteurs. Pas plus. Mais pas moins, non plus : ne soyons pas excessifs.

Quoi qu’il en soit, un des arguments parmi les plus prisés par cette gente éclairée, consiste à dire que notre langue serait constituée, à raison de 30, 40, ou même 50%, de vocables issus de la langue Arabe ! et qu’elle ne méritait pas, par conséquent, le qualificatif de langue à part entière!

Ce qui nous étonne dans ce genre de raisonnements, c’est que ses auteurs n’aient pas songé à réserver une part de ce juste mépris qui les anime, aux locutrices et locuteurs Anglais, par exemple, car les linguistes qui se sont penchés sur le parlé de même nom, nous apprennent qu’il est constitué, à 60%, de termes Français! Quant à la proportion du Latin dans ce dernier idiome, elle est estimée à pas moins de 87%! Inutile de préciser que, face à une telle situation, nos avisés idéologues se donneront, un jour ou l’autre, la peine d’éclairer ces infortunées peuplades sur les menaces l’invalidité qui pèsent sur leurs dialectes respectifs.

Chemin faisant, ils se feront, n’en doutons pas, un devoir d’informer Arabes et Juifs que leurs langues ont une proportion assez conséquente de vocables en commun – et d’en tirer les conclusions adéquates ! Mais…fi des extrapolations blasphématoire! Revenons plutôt à notre thème, et ce, pour dire que nous sommes pleinement conscients du fait que, si le propre d’une langue c’est de parler, la fonction d’une idéologie c’est de lui faire dire ce qui conforte le pouvoir de ses promoteurs et sert au mieux leurs intérêts.

Nous tenons quant à nous, à ce que l’on sache que si notre volonté de vivre en bonne intelligence avec tout le monde est grande, celle de vivre en paix avec nous-mêmes ne l’est pas moins ; aussi bien aspirons-nous à ce que l’Arabe Algérien devienne, un jour – que nous espérons proche – notre langue national – à tous – et que les langues régionales soient secondes langues dans leurs régions d’origines. Car, que l’on soit arabophones ou berbérophones, nous avons la faiblesse de croire que nous jouissons de ce minimum de dignité qui confère à tout individu le droit de se dire, le plus naturellement du monde : je suis maître chez moi.

Et, soyons-en assurés que ce n’est qu’à ce prix et rien qu’à ce prix, que nous réussirions une unité nationale profitable à tous les Algériens, et que les médias, l’école et l’appareil étatique, d’un côté, et les populations, de l’autre, cesseront de vivre cette schizophrénie collective – devenue depuis si longtemps notre lot quotidien -, qu’illustre le décalage proprement surréaliste qui fait ces deux camps se tourner si résolument le dos, et ce, depuis plus de quarante ans.

Le fondement premier d’une telle conviction trouve bien entendu sa raison d’être dans le fait qu’une langue est d’abord et avant tout maternelle, et que nos mères, qu’elles soient Berbères ou Arabophones, ne sont pas moins dignes que les mères orientales dont on tente de nous inculquer l’idiome à la façon dont un exorciste s’efforcerait d’exorciser un possédé. Et pourtant, nous ne sommes ni malades ni atteints d’une quelconque infirmité d’ordre psychique, et l’Arabe classique peut difficilement passer pour un remède contre une quelconque déficience mentale.

Et puis, serait-ce, donc, une si grande insulte à la face du monde, que d’aspirer à être respectueux vis-à-vis de celles qui nous ont donné le jour, conscients que nous sommes que c’est à cette seule condition que nous pourrions prétendre au respect de nos enfants ?

Quant aux slogans du style : “les langues populaires sont pauvres “, est-il vraiment nécessaire de s’interroger sur les motivations premières de leurs propagateurs ?

En fait, la question est mal posée, car si une langue est qualifiée de
populaire, c’est qu’elle est
la langue du peuple, nous semble-t-il. Et dans ce cas, serait-ce si déplacé de dire à ceux qui n’en sont pas satisfaits, qu’ils n’ont qu’à s’en chercher un autre, de peuple! Du reste, l’indigence la plus terrible de toutes, n’est-ce pas celle de l’âme ? Il suffit, pour s’en convaincre, de prêter attention à nos penseurs patentés, et l’on est amplement instruit en la matière. Et même à satiété. Et, surtout, gardons-nous de les haïr : le mépris suffit. L’Histoire saura les traiter à leur juste mesure ; cette histoire qui, si elle n’illumine ni n’assombrit les esprits, du moins hante les cœurs ; d’où la fallacieuse et bruyante assurance dont se targuent ces grands esprits : quel destin plus tragique en effet que d’avoir pour seule boussole un avenir qui s’est trompé d’enfance ?

Le plus triste dans tout cela, c’est qu’un certain nombre de nos compatriotes Arabophones semblent ne pas se rendre compte que, d’une parenté purement linguistique, on leur a façonné un moule d’ordre divin, les entraînant de la sorte vers des abîmes de paupérisations intellectuels qui confinent à un suicide identitaire sans appel.

Toujours es-il que, quoi que nous fassions, nous finirons – Arabophones, autant que Berbérophones – , par s’apercevoir que nous sommes, tous, logés à la même enseigne, et même que la tâche qui nous attend, nous, i’Chèwiyen, n’est pas moins ardue que celle sur laquelle ces compatriotes tentent laborieusement de fermer les yeux en faisant semblant d’ignorer que la langue que leur ont léguée leurs mères est aussi loin de l’arabe idyllique dont on leur chante les louanges, que le Français l’est du Latin . Rappelons en effet et à cet effet, que la langue française procède du Latin, qui fut jadis le véhicule de la religion chrétienne, tout comme l’Arabe algérien procède de l’Arabe classique, qui est le support de la nôtre. Dans ces conditions, pourquoi devrions-nous échouer là où d’autres ont réussi?

le Latin Langue devenue, à travers la religion chrétienne, langue officielle, académique et religieuse des pays dits latins, à savoir: l’Espagne, la France…l’Arabe classique langue devenue, à travers le Coran langue officielle, académique et religieuse des pays dits arabes ! à savoir : l’Algérie, le Maroc… L’Espagnol, le Français… : idiomes dits vulgaires, ou populaires, qui furent dérivés du Latin et qui devinrent les langues modernes de l’Espagne, de la France etc etc..L’Arabe algérien, marocain… : idiomes dits vulgaires, ou populaires, qui furent dérivés de l’Arabe classique et qui devinrent l’objet du mépris des Autorités. algériennes, marocaine etc etc…

Ce simple parallèle nous enseigne que là où les Européens ont épousé la marche du monde, en élisant, pour langues nationales et officielles, les idiomes qu’ils ont adaptés à leurs besoins – auxquels ils ont imprimé leur génie propre -, nous, nos élites pensantes tentent, depuis plus de quatre décennies, de nous convaincre, au nom d’on ne sait quel obscur retour aux sources, qu’il suffit d’avancer à reculant pour faire sien le rythme de l’Histoire! – avec, pour conséquences, une catastrophe scolaire sans précédant, une crise identitaire effrayante de gravité, un fondamentalisme islamiste se nourrissant avec voracité, d’un arabisme sectaire et tristement archaïque… Un désastre qui a réduit un pays qui était il y a à peine une quarantaine d’années un des fleurons de l’Afrique et du Tiers-monde, en un espace profondément délabré, un champ de bataille clos où s’affrontent les forces les plus rétrogrades qu’ait jamais connues cette partie du monde ; le tout auréolé par un obscurantisme délirant, dans lequel s’enlise une jeunesse aux abois, qui ne sait à quel avenir se vouer ! Et pourquoi cet immense gâchis?

Quand on pense que nous avons été si longtemps, si profondément blessés par maintes et maintes occupations coloniales et que nous n’avons subis tant et tant d’humiliations que pour succomber à la plus dégradante de toutes : la main-mise sur notre pays par une minorité d’individus au service d’un parti – unique en sa cécité -, qui a tout instrumentalisé: la religion, la langue arabe et le nationalisme le plus sectaire, tous éléments de la même constellation, devenus prétextes à un pouvoir qu’on continue à nous imposer au nom d’une langue censée être la nôtre, d’une religion à laquelle on fait tout dire et son contraire, et d’espoirs qu’on a vidé de sens tout comme de substance. Si l’Histoire pouvait rire de nos malheurs, les chaînes des Atlas s’entrechoqueraient en un terrifiant éclat ! Peut être que le monde se donnerait alors la peine d’inscrire au-dessus de nos charniers et fosses communes : ci-gît un peuple qui n’a pas su vivre!

Mais faudrait-il vraiment en arriver là, littéralement tétanisés, que nous sommes, par une aliénation paralysante, qu’on semble résignés à subir avec un stoïcisme de bête acculée ! Et que dire de ceux d’entre-nous qui voudraient nous faire croire que c’est s’adonner à une noble entreprise que de s’efforcer de devenir un peu moins Berbères afin de mériter un peu mieux le qualificatif de Musulmans ! Devons-nous leur rappeler que : jamais, au grand jamais, l’Islam n’a exigé rien de tel, ni de personne de s’arabiser ; le Coran ne nous le dit-il pas, noir sur blanc: “Il n’y a aucune différence entre l’Arabe et le non-Arabe : l’essentiel c’est la piété.“ Chose que le Prophète nous explicite de façon encore un peu plus claire: “Le retour aux sources est une vertu.“ Et nos sources, que nous sachions, sont berbères, et l’Histoire et la géographie sont là qui le clament assez haut, et notre langue qui nous le répète inlassablement ! Des sources qui, faut-il, là aussi, le préciser, aspirent, non vers on ne sait quel passé momifié, mais, bien au contraire : c’est d’elles que jaillit l’avenir qui à chaque instant se reproduit, c’est en elles que naît l’élan vital, la langue qui berce ce pays depuis sa plus lointaine enfance?

Faut-il, au surplus, signaler que l’Arabe qu’on tente de nous imposer, cette langue prétendument d’essence religieuse, est également la langue
maternelle
d’une vingtaine de millions de citoyens Arabes de confession chrétienne !
Notamment un bon cinquième des Palestiniens, quelques trois millions de Libanais maronites, deux a trois millions de Chrétiens Irakiens et Syriens ainsi qu’une dizaine de millions de Coptes Egyptiens!

Ajoutons à cela que : Musulmans, nous le sommes et Chèwis également, et si nos âmes pouvaient se faire médailles, c’en seraient là les deux faces et les plus beaux des ornements, n’en déplaise à ceux que notre existence dérange et à nos détracteurs, avec ou sans talent.

Quant à ceux qui nous reprochent de diviser le pays, nous leur dirons qu’ils ne font que reprendre les mots d’ordre de ceux-là mêmes qui l’ont mené à sa ruine. Rappelons, pour mémoire, qu’au lendemain de l’indépendance, en 1962, l’Algérie était, avec l’Afrique du sud, la première puissance africaine, tant au plan des infrastructures qu’à celui des potentialités économiques, et que le dinar était alors plus fort que le franc français! Non, vous ne rêvez pas en lisant ces mots! Renseignez-vous auprès de vos parents ou de vos grand-parents et ils vous le confirmeront sans peine.

Entre-temps, plus de quarante ans d’obscurantisme nous ont rejeté en queue de peloton et le dinar ne vaut plus que le quinzième de la valeur du franc. En d’autres termes, l’Algérie a, économiquement, perdu 150% de sa valeur initiale, et nous, Algériens, nous ne valons pratiquement plus rien! Pas tous, cependant. Car, pendant ce temps-là, une minorité d’individus, chantres zélés de la déplorable cause arabo-céleste, s’est constituée des fortunes colossales en saignant notre pays à blanc. Et comment ces gens-là ont-ils réussi le tour de force de dépouiller impunément un pays de ses richesses? Ce fut si simple et il suffisait d’y penser : en dressant i’Chèwiyen contre les Kabyles, l’armée contre la société civile, les membres du parti au pouvoir contre le reste de la population, les Arabophones contre les Francophones etc etc… Et, pour parachever le tout, en nous imposant une langue qui est à notre avenir ce que le mirage est au caravanier. Et ce sont ces tristes figures, qui se gardent comme de la peste – et oh, comme nous les comprenons ! -, de placer leurs enfants ailleurs que dans les grandes écoles occidentales, loin de la langue de leur slogans édulcorés, c’est cette minorité de prédateurs, qui a le culte du pouvoir pour unique culture, qui a organisé cette grotesque mascarade. (des moyens, ils en avaient, ils en ont toujours : gaz et pétrole à discrétion). Mais qu’ont-ils fait pour les Aurès, à propos? Ne nous posons pas de questions indécentes! Il est des misères aussi muettes qu’éloquentes.

Et comment ces nouveaux barbares ont-ils réussi à nous fragiliser au point de pouvoir nous mener, troupeau sagement soumis à la tutelle de leurs hommes de mains ? En nous racontant qu’il fallait nous délester de nos propres valeurs – désormais tombées en désuètude – et d’importer une langue Arabe classique, une langue prêt-à-parler, pour ainsi dire ; un peu comme nous nous fournissons en articles prêt-à-porter, auprès de l’industrie du vêtement ! Beaucoup de nos aînés ont, hélas, apposé leur paraphe au bas de ce marché de dupes, l’habileté de nos idéologues en la matière étant, tout entière, dans cet art d’entretenir le flou et de cultiver la confusion entre Parole Divine et langue Arabe… Force est de reconnaître que c’est là un domaine en lequel ils excellent au plus haut degrés, l’intelligence du vice étant leur suprême qualification. Forcément : leur pouvoir en dépend.

Mais, revenons à l’âme de toute chose : à la langue. Mais la Bible, mais le Coran, ne nous disent-ils pas en l’occurrence, que le Créateur s’adressait à Moïse sans intermédiaire ? Devons-nous en conclure que l’Hébreu est un idiome divin ! Il y a de ces interrogations qui feraient frémir les penseurs les plus émérites. Rassurons-les toutefois : l’Hébreu n’est que la langue des Juifs – de certains Juifs -, tout comme l’Arabe est la langue des Arabes, et que grand bien leur en fasse. Elle n’est ni divine ni d’ordre divin, et même qu’une chose demeure et demeurera certaine en la matière : Dieu n’en a certainement pas besoin, pas plus qu’il n’a besoin de l’Hébreu ou du Chinois ou de tout autre idiome humain ; il est celui qui ne connaît le besoin ni dans sa réalité, ni dans son essence.
Ajoutons, pour plus de précision, qu’en dehors du fait que l’Arabe est l’expression de la culture de même nom, il est, de surcroît, la langue de
la pratique religieuse -et non de la religion . Nuance ! Quant à ceux qui en doutent, rappelons-leur de nouveau la parole Divine: “ Il n’y a aucune différence entre l’Arabe et le non-Arabe : l’essentiel c’est la piété.“

Et puis, les Français musulmans n’enseignent-ils pas les règles de l’Islam, à leur enfants, en langue Française, les Iraniens, en Perse, les Américains, en Anglais et les Turcs, en Turc ? D’ailleurs, comment cela se fait-il qu’on n’ait jamais songé à arabiser tous ces peuples : Bengalis, Indonésiens, Perses, Peulh, Pakistanais, Turcs, Yoghur, Kighiz et tant et tant d’autres enfants de l’Islam qui continuent à vivre cette effroyable condition qu’est l’existence hors du giron de la langue Arabe ? Quelle question ! L’oppression est ce qu’elle est : elle ne se choisit ses victimes que parmi les plus vulnérables d’entre celles qui se trouvent à sa portée : Kurdes, Soudanais du sud, sud-Mauritaniens, Berbères … Quant aux Occidentaux…, qu’est-ce qu’il peuvent être racistes vis-à-vis des Arabes, ces gens-là ! Enfin…, ils ont de qui tenir : esclavagistes, il y en eut qui les précédèrent d’une bonne longueur en la matière ; colonialistes, ils y en a qui le demeurent bien après eux. Quel destin ! Il doit leur manquer le souffle épique, à ces pauvres blancs !

Bref. Revenons de nouveau à notre thème, et ce, pour dire à nos idéologues, que leurs promoteurs Arabes ne représentent – si tant est que des dictatures aient un quelconque droit de représentation – qu’une minorité d’à peine cent millions d’individus au sein de l’Islam, alors que nous, Musulmans, nous sommes plus d’un milliard en ce monde, et qu’il est, dans ces conditions, difficilement admissible qu’ils continuent à agir comme si l’Islam était leur propriété privée, et qu’ils persistent à en user comme instrument de domination culturel à l’encontre du reste des minorités, comme certains d’entre eux ont si bien appris à le faire.

Quant à notre langue, comme tout autre langue, elle ne vit que pour la passion d’être vécue. Elle ne s’offre pas, elle se clame, elle ne se livre pas, elle révèle ses locuteurs et locutrices à eux-mêmes, en transcendant les craintes et la frilosité des esprits asphyxiés par cette indigence de visions qui les fait si souvent s’incliner bas face aux mornes illusions de l’arabisme, quand ils ne se pâment d’aise devant les doucereuses et bruyantes léthargies d’un Occident dont l’âme se décline de jour en jour un peu plus aux accents d’un vacher : ce cow boy moderne, à l’existence hâtive, à la cupidité hautaine, à l’horizon culturel au dimension d’un Mac Donald’s bavant d’ennui.

Alors, répétons-le encore une fois : Th’cèwith a surtout besoin d’être articulée à son temps, parlée avec élégance, chantée du fond de l’âme et aimée sans entraves. Elle n’est, certes pas, une panacée universelle, mais elle est notre miroir, et si nous tenons à y voir de la beauté, il est grand temps de lui rendre justice pour plus de deux milles ans de résistance opiniâtre et l’obstination d’un silence immensément exigeant.
C’est elle notre contribution au grand banquet de la culture universelle – un patrimoine qui n’a de limites que l’étroitesse d’esprit dont s’enorgueillissent certains de ses enfants qui n’ont de cesse de l’immoler sur l’autel de cette redoutable ignorance diplômée dont ils s’en vont faire provision auprès de prestigieuses institutions universitaires – comme autant d’insignes clinquants qu’ils ne se lassent d’exhiber avec des airs de noblesse affairée.

Non, la culture ne volera jamais si bas ! Elle ne sera jamais synonyme du ‘Tout-savoir’, car elle est symbiose avec l’esprit du Tout. C’est en cela que nos Ponces Pilate, si peu nourris à la lumière de leurs racines, ne distingueront jamais rien d’autre que la blafarde luminosité des avenirs louches.

Il est vrai qu’il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir, et ils ne sauront ni ne pourront savoir qu’elle est surtout une chance, th’Cèwith : la nôtre. A nous de choisir : la porter au plus haut de l’être ou l’entraîner dans un naufrage que nous aurons amplement mérité ?
En ce qui nous concerne, cette étude n’est qu’un début, une modeste contribution à une entreprise qui nous dépasse tout en nous soutenant à bras-le-corps. Et il nous tarde qu’on s’y mette, tous, car nous avons déjà perdu assez de temps : mettons, quelques deux milles ans. Mais, comme nous le disions déjà, à une autre occasion : après tout, le temps ne compte pas, il ne sait même pas compter : il… passe. Avis aux mortels !
Yabdas
source:www.chainet.com

La Lettre Des Aurès *** Izen u-Cawi

MANUEL DE CONJUGAISON DE TACHELHITE

MANUEL DE CONJUGAISON DE TACHELHITE


Auteur : Abdallah Boumalk

Edition : L’Harmattan

Date de parution : 2003

N.ISBN : 2-7475-5527-5

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Résumé : Ce manuel est dédié à la conjugaison du Tachelhite. C’est un des premiers du genre et un des rares consacrés à la conjugaison berbère.

 

Mr Boumal s’est attaché à expliquer la conjugaison du tachelhite, avec ses particularités et différenciations en son sein.

 

Dans une première partie , A.B. explique la temporisation des verbes : les temps et comment conjuguer en tachelhite. Puis, les « verbes » les plus répandus (en tachelhite) sont conjugués dans un « tableau de conjugaison ».

Pour chaque verbe est donné l’infinitif (qui correspond en Tachelhite, à la 1ere personne de l’impératif). Les verbes sont ensuite conjugués, à toutes les personnes : au Prétérit, Aoriste et Aoriste Intensif.

Il y aussi à la fin du manuel, un dictionnaire bilingues de verbes (en Tachelhite et en Français et), qui joue aussi un rôle d’index (répertoire des verbes conjugués).

Certes tous les verbes n’y sont pas, mais vous trouverez dans ce manuel largement de quoi vous aidez pour les verbes manquants.

CE QUE CELA NOUS APPREND (sur la culture berbère) : Ce manuel est une aide précieuse pour quiconque tente d’apprendre le Tachelhite, ou de mieux le maîtriser.

Juste un bémol, concernant l’édition de 2003, qui gagnerait à plus de crédibilité, si son index était plus rigoureux (erreur sur renvoi des numérotations de verbes).

Saluons tout de même l’initiative d’Abdallah Boumalk, qui est encore malheureusement trop rare. C’est une initiative très constructive pour notre langue.

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Fiche de lecture de : Myriam Jeroua

Traduction et adaptation d’un texte dans une langue émergente : cas du Petit Prince en amazighe

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16 juin 2006

 

Introduction

L’objet de cette communication est de présenter une expérience de traduction du français vers l’amazighe dont je suis l’auteur. Il s’agit de la traduction du célèbre conte de Saint-Exupéry : Le Petit Prince.

Cette présentation portera essentiellement sur les difficultés d’adaptation d’un contenu initialement en français vers une langue émergente qu’est l’amazighe. Nous aborderons particulièrement les difficultés du passage d’un texte écrit (ici le français) vers un écrit oralisé (l’amazighe en construction) et les problèmes liés au choix du vocabulaire ou liés à la syntaxe et à la stylistique. Nous essayerons également d’analyser les limites de la production d’un texte amazighe à la fois standardisé sur le plan linguistique et proche de la langue maternelle et de l’espace socioculturel de l’enfant.

De la mémoire des mots et de l’émigration des cultures

L’itinéraire historique et étymologique d’un vocable ou d’un concept suit souvent le mouvement et le parcours de l’homme qui le détient. Une notion passe de proche en proche à la propriété de celui qui l’accepte et l’utilise. Une notion se transmet de proche en roche et appartient à celui qui l’accepte et l’utilise. Une notion peut voyager d’une culture à une autre, jusqu’à devenir universelle et appartenir au patrimoine humain.

C’est ainsi que dans le bassin méditerranéen, berceau des cultures et des civilisations, plusieurs peuples ont contribué à la construction d’un fonds culturel, mythologique, philosophique et lexical riche et commun.

Avant l’invention de l’écriture, les échanges linguistiques entre les cultures se faisaient par le biais de l’oralité. L’origine de certains mots, de certains contes ou de certains concepts est souvent énigmatique et renvoie forcément au socle commun d’une même région culturelle, habitée ou fréquentée par différents peuples.

La langue et la culture amazighes, ancrées dans la région méditerranéenne – l’une des civilisations les plus anciennes de cette région – a certainement contribué, à côté des autres cultures, à la construction du socle culturel et linguistique commun et à l’émergence de la pensée humaine universelle. En analysant par exemple le fonds lexical commun entre le grec et l’amazighe, l’on s’aperçoit de l’existence de centaines de mots communs aux deux langues et à d’autres langues de la région [1]. Même constatation en ce qui concerne le substrat mythologique ou philosophique. Un conte peut exister sous différentes versions d’une région à une autre et d’une culture à une autre dans une même aire géographique. Le mythe d’Atlas ou celui d’Anzsar, par exemple, est narré différemment selon un canevas propre à chaque région.

Même constatation dans le domaine du patrimoine symbolique et artistique. Plusieurs signes et symboles des arts populaires sont communs aux peuples méditerranéens. On parle même de l’emprunt de plusieurs lettres du système latin, devenu universel, du fonds symbolique libyque et Tifinaghe . [2] Les échanges entre deux ou plusieurs cultures limitrophes est un phénomène naturel. Aujourd’hui, avec l’explosion des moyens de communication, ce phénomène s’étend même à des cultures très différentes, et appartenant à des aires géographiques souvent très éloignées. La culture va incessamment devenir universelle et, de proche en roche, va transcender l’identité des peuples.

L’amazighe : de l’oral à l’écrit

Bien que les premiers essais de transcription de l’amazighe remontent au Moyen Age avec les travaux de Awzal, le passage de la langue amazighe de l’oral à l’écrit s’est fait depuis l’arrivée des ethnologues européens en Afrique du Nord, il y a plus d’un siècle. Ce passage a commencé par la transcription et la fixation de la littérature orale sous forme de contes, de poésies, etc., et par la transcription de récits de la vie quotidienne racontée par les locuteurs de cette langue.

Au début de l’indépendance, une génération d’instituteurs et d’intellectuels amazighs passent de la phase de la transcription à celle de la production littéraire proprement dite, et parallèlement, à la traduction de quelques œuvres du patrimoine littéraire universel (B. Brecht, W. Shakespeare…), avec souvent une intervention et une adaptation volontaire du contenu de ces œuvres. Ces traductions et ces productions littéraires se font évidemment en dehors du circuit officiel lié au statut de la langue. Bien qu’il s’agisse apparemment d’une nouvelle donne, l’appropriation de la pensée universelle par l’amazighe existe réellement depuis toujours par le biais des échanges culturels entre les peuples.

Cependant, l’amazighe, langue émergente en passage de l’oral à l’écrit, a besoin de se réinscrire dans l’universel comme langue reflétant une culture méditerranéenne millénaire, ouverte et tolérante. De plus, elle a besoin de s’approprier des moyens modernes pour sa transmission et pour la diffusion des valeurs humaines qu’elle véhicule et du savoir ancestral qu’elle détient.

Traduire le Petit Prince

J’arrive maintenant à l’objet de cette communication, celui de ma propre expérience dans le domaine de la traduction et de l’adaptation d’une œuvre littéraire. Il s’agit du célèbre conte d’Antoine de Saint-Exupéry « Le Petit Prince », œuvre traduite du français vers l’amazighe. Ce conte, bien qu’il ait été vraisemblablement inspiré d’une tradition orale saharienne, a été adapté lui-même à une nouvelle culture, « le français », et à une nouvelle époque, « 1943 » (pendant la Seconde Guerre mondiale). Le conte contient donc des notions et un vocabulaire moderne très éloignés de ceux utilisés dans la vie quotidienne du désert.

Pourquoi le Petit Prince ?

Outre qu’il s’agit d’un conte destiné à la jeunesse (de 7 à 77 ans, comme dirait Tintin) c’est une des œuvres qui véhicule les valeurs nobles de l’amour, l’amitié, l’altruisme et la solidarité. Ces valeurs coïncident justement avec le cadre général dans lequel la communauté amazighe s’inscrit et qu’elle aspire à véhiculer. Le Petit Prince étant l’une des œuvres les plus lues et les plus traduites dans le monde, elle a été adaptée à pratiquement toutes les langues parlées de la planète. La dernière traduction en date (mai 2005) est sa traduction en Toba, langue indigène parlée par une communauté aborigène de l’Argentine. Le Petit Prince de Saint-Exupéry est le deuxième livre traduit en cette langue après le Nouveau Testament.

La deuxième raison qui m’a poussé à traduire et adapter ce conte dans ma langue maternelle est le fait que l’auteur y fasse parler le Petit Prince avec tantôt un serpent ou un renard, tantôt avec une fleur, un astre ou un volcan. Ceci coïncide parfaitement avec la mythologie et la cosmogonie amazighes.

La troisième et dernière raison, c’est que ce conte se passe dans le désert saharien, région touarègue et amazighe par excellence. Et comme je suis moi-même issu d’une famille nomade de cette région, j’ai donc décidé de faire profiter les enfants d’une traduction amazighe de ce conte qui me séduit tant depuis mon enfance. Bien que le Petit Prince ait été auparavant traduit en tamachaq au début du siècle dernier, et en kabyle en l’an 2004, j’ai décidé d’ajouter une version marocaine qui ne fera qu’enrichir mon expérience en traduction [3] et élargir le répertoire des traductions du Petit Prince en langue amazighe.

La langue de traduction

Le conte a été traduit en amazighe, langue orale dont l’écriture est en construction. Malgré les tentatives de standardisation de la langue amazighe, les dialectes sont actuellement les seuls à êtres pratiqués, à l’écrit comme à l’oral.

Le lectorat cible

Le Petit Prince traduit en amazighe est un conte destiné en premier lieu à la jeunesse, mais, en espérant qu’il soit lu et apprécié par tous, sans distinction d’âge.

« Le Petit Prince » est donc une œuvre littéraire « célèbre », traduite d’une langue internationale, le français, vers une langue en construction, l’amazighe, et destinée à un lectorat de jeunes. Ce sont ces conditions particulières qui ont fait toute la difficulté de cette traduction.

Quelles sont les difficultés que j’ai rencontrées pendant la traduction de cet ouvrage ?

La première difficulté est évidemment liée au statut juridique de la langue amazighe et à sont état de langue en cours de standardisation. Etant donné que l’amazighe est une langue émergente et en cours de normalisation, j’ai été forcé d’utiliser, comme base de ma traduction, le parler que je maîtrise le mieux, à savoir, le parler du sud-est marocain. Bien entendu, si j’avais exclusivement utilisé ce parler, aussi riche soit-il, je n’aurais jamais traduit ce conte. La version traduite que je propose est d’emblée destinée à une frange réduite de lecteurs. Il s’agit des locuteurs d’une variante régionale du sud-est marocain bien que cette variante soit proche à la fois de la variante du sud « tachelhit » et du centre « tamazighte » En plus, étant donné que la langue amazighe ne vient que récemment d’être introduite dans les écoles, les enfants n’ont pas encore acquis les compétences nécessaires pour lire un tel ouvrage. Ajoutant à ce problème celui de la graphie Tifinaghe avec laquelle le conte a été transcrit. Cet alphabet, non maîtrisé par une grande majorité de lecteurs habitués à lire l’Amazighe en graphie latine ou arabe, réduit encore plus le nombre de lecteurs potentiels.

Ceci dit, quels sont les problèmes de traduction au sens linguistique que j’ai rencontrés en adaptant le contenu de cette œuvre, exprimé en français, vers l’amazighe ?

La première difficulté est évidemment celle du lexique. Cependant, étant donné que les événements du conte se passent dans un désert, le vocabulaire lié à cet espace est riche et varié dans le parler du sud-est marocain, région subdésertique à cheval entre la montagne et le désert. Le lexique de base utilisé par l’auteur du Petit Prince trouve d’emblée son équivalent dans le parler amazigh du sud-est marocain, du moins, compte tenu de mes modestes connaissances. La difficulté est de choisir le lexique le plus simple, le plus proche de l’univers de l’enfant et appartenant autant que possible à un lexique commun à tous les dialectes.

Cependant, un ensemble de vocables et de notions exprimées en français ne trouvent pas leur équivalent en amazighe, du moins dans le parler que je maîtrise le mieux, à commencer par le titre même du conte. Le concept de Prince, par exemple, n’existe pas dans la culture amazighe. Mais, étant donnée que celui du Roi est bien présent et même sous différentes formes (agellid, amnukel, amghar…) la dérivation du concept de Prince (agldun) s’avère simple et convenable. Cette notion de Prince existe également dans les différents lexiques de néologie élaborés par les amazighisants tel Feu Mouloud Mammeri… Mais ce n’est pas toujours le cas !

Il est évident que les vocables comme : la soif (fad), le vent (azwu), l’amour (tayri), le coucher de soleil (aghelluy n tafuyt), le puits (anu), le mouton (izimer), la fleur (aledjig), le renard (abaghugh), l’étoile (itri), le ciel (igenna), le serpent (ifigher), le jour (ass), la nuit (idt), les larmes (imettawen), la vie (tudert), l’eau (aman), etc.., qui reviennent souvent dans le conte du Petit Prince, ainsi que des notions comme l’amitié (tiddukla), la fraternité (taymat), la liberté (tilelli)…etc., sont des notions courantes dans le vocabulaire quotidien de la culture amazighe. Cependant, bien que le conte du Petit Prince se déroule dans le désert, le vocabulaire utilisé par son auteur n’appartient pas toujours à cet espace et ne renvoie pas toujours à la vie et aux traditions des nomades. Une bonne partie du lexique utilisé appartient au vocabulaire moderne, ou renvoie à une culture différente de celle du Sahara. C’est ainsi que des vocables comme : moteur, avion, réverbère, boa, astéroïde, cravate, etc., ainsi que des notions comme orgueil, ennui, absurdité, etc. sont des notions inhabituelles dans l’usage quotidien de l’amazighe, du moins à ma connaissance. A partir de là, comment donc procéder pour traduire des notions étrangères à la culture et la langue amazighe ?

La consultation des dictionnaires

Les lexiques classiques des autres parlers amazighs s’avère nécessaire et souvent pratique pour vérifier la présence d’un vocable donné dans une autre aire géographique. Ensuite, la consultation du lexique de néologie est un passage obligé, en particulier le célèbre « Amawal » [4]

Extension sémantique

Plusieurs termes en français ne trouvent pas leurs équivalents exacts dans l’amazighe. Toutefois, certains vocables proches, ou renvoyant aux mêmes concepts, ont pu être adaptés à la culture amazighe. Exemples : Le mot planète a été substitué au mot étoile (itri) ; Le mot église a été remplacé par le mot mosquée (tamzgida) ; Le mot punition a été rapproché du mot amende (izmaz), etc.

La restitution du vocabulaire ancien

Simultanément, j’ai procédé à la restitution des anciens termes mémorisés par les personnes âgées et méconnus dans le langage des jeunes. Exemples : Les chiffres. Dans mon parler, on utilise la langue arabe pour désigner les chiffres à partir de quatre. J’ai donc restitué les noms amazighs des chiffres quatre (koz), cinq (semmus), six (sdis), etc. Autres exemples : Le mot aider (aws) a été substitué au mot (âawen) d’origine arabe. Se dépêcher (ghiwel), mentionner (bder), le pardon (Asurf), la rouille (tanikt), le boulon (takcrirt), malgré-lui (ccil-as), le radeau (agherrabu), le pommier (adeffuy), etc.

Lorsque cela s’est avéré nécessaire, j’ai également utilisé des locutions et des idiomes pouvant renvoyer à la valeur sémantique proche du terme français. Exemples : La phrase : « Il a été choqué » a souvent été traduite (ulin as idammen) qui littéralement veut dire « le sang lui monte » à la place de (iqelleq) qui est d’origine arabe. La phrase : « Il faut être indulgent avec les grandes personnes » a été traduite (medden imeqranen, ssurfat ten, ad ur fellasen ttawim)… Littéralement : « il faut pardonner les grandes personnes et ne pas les prendre (au sérieux) », etc.

Dérivation lexicale

Certains vocables auxquels je n’ai pas trouvé de correspondants en amazighe, ont parfois été forgés à partir du nom ou du verbe renvoyant à cette notion, présente quant à elle, dans le langage usuel. Exemples : Le nom tanegmirt, (proie) est dérivé du verbe gmer (chasser) ; Le nom tamskant (démonstration), a été forgé à partir du verbe sken (montrer) ; Le nom agldun (prince), a été forgé à partir du nom Agellid (roi) ; Le nom gartuga (mauvaise herbe), a été forgé à partir du mot tuga (herbe) et du préfixe gar (mauvais, faux) ; Mauvaise graine (garamud), à partir de graine (amud) et du préfixe (gar)… etc.

Lorsque la dérivation directe n’était pas évidente, ou lorsque le terme existait dans un autre parler, je n’ai pas hésité à l’emprunter, à l’utiliser et à l’adopter.

Les emprunts

- L’emprunt intra-dialectal : Plusieurs mots utilisés pour traduire le « Petit Prince » n’appartiennent pas au parler de base que j’ai utilisé, mais à un autre parler du même espace géographique. Exemples : Le mot iheyya (joli, bon), a été substitué au terme ihla d’origine arabe, utilisé dans mon parler ; Le mot inmala (proche) a été substitué à iqerreb également d’origine arabe ; Le nom tifawt (matin) a été substitué à sbah encore une fois d’origine arabe. Le verbe rmigh (être fatigué) à la place de (uhlegh)… etc.

Souvent, j’ai simultanément utilisé des synonymes en usage dans ce même espace géographique pour enrichir le vocabulaire. Exemples : Les verbes irw, izi et ighuda (être jolis, bon) ; Istegh et ittiqs (éclater)… etc.

- L’emprunt inter-dialectal : Chaque fois qu’un vocable était inconnu dans les parlers de notre région, j’empruntais alors celui-ci à un autre parler plus ou moins proche, souvent en utilisant les dictionnaires disponibles. Exemples : Iilell (mer), zzider (endurance), asirem (espoir), irwas (ressembler) ; waqila (peut être), taghlaghlt (échos), aghanib (crayon, stylo), tawaghit (incident)… etc.

L’emprunt aux autres parlers n’a cependant pas été systématique. Souvent, pour faciliter la lecture du texte, j’ai préféré garder les vocables utilisés et bien intégrés dans l’usage quotidien bien qu’ils soient empruntés aux autres langues. Exemples :

— Les emprunts à l’arabe : Jjib (poche), asanduq (caisse), yumen (croire), akursy (chaise), iwhen (il est facile)… etc.

— Les emprunts au français : Amaksyan (mécanicien), amutur (moteur), adiktatur (dictateur), minut (minute)… etc.

— Les emprunts aux autres langues, et au lexique universel : Aboa (boa), el-bridj (bridge), golf (golf), kravat (cravate), mil (mil), astronom (astronome), ateleskop (télescope), diamand (diamant)… etc.

Néologie

Bien que l’emprunt inter-dialectal soit souvent considéré comme étranger pour un jeune lecteur amazigh ne sachant que son parler maternel, la vraie néologie est celle puisé dans les lexiques modernes élaborés par les amazighisants, et diffusés dans les milieux associatifs. Le plus connu, le mieux diffusé et le plus pratique est l’Amawal Imdyazen. C’est à partir de ce manuel que j’ai puisé l’équivalent en amazighe d’un certain nombre de termes inconnus dans nos parlers. Exemples : Unugh (dessin), anazur (artiste), turda (opinion), tasertit (politique), adrug (mystère), uttun (numéro), adlis (livre), tamsirt (leçon), amaynu (nouveau), ameghrad (universel), taksna (tragédie)…etc.

Voici un extrait du Petit Prince en français suivi de sa traduction en amazighe. Il s’agit du Chapitre XXIII. L’un des plus courts chapitres du conte, mais l’un des plus riches en informations et en morale.

- Bonjour, dit le petit prince.
- Bonjour, dit le marchand. C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
- Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
- C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
- Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
- On en fait ce que l’on veut…  » Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…  »

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Dans ce court chapitre, on peut relever trois types de vocables :
- Trois néologismes : agldun (Prince) ; atrar (moderne, mis pour perfectionné) ; smumraw (cinquante).
- Trois emprunts : minut (minute) ; el-kina (pilule) ; asbbab (marchand).
- Le reste est constitué de mots appartenant au lexique fondamental de tamazight. J’estime que plus de 70% du lexique utilisé dans la version française du Petit Prince, trouve son équivalent dans le lexique de base amazighe. Il est important de noter qu’un certain nombre de mots sont considérés comme des emprunts inter-dialectaux. Exemple : akud (temps) ; imalas (semaine) étant deux vocables qui d’habitude, ne sont utilisés que dans le parler du sud « tachelhit » alors que dans mon parler du sud-est, l’un est emprunté à l’arabe luqt (temps), l’autre au français simana (semaine).

L’utilisation des néologismes n’est pas du tout systématique. Par exemple, bien que le mot « minute » soit présent comme néologisme (tusdidt) dans l’Amawal et dans le dictionnaire de M. Chafik, j’ai préféré utiliser l’emprunt « minut » car, d’une part il est compris par tout le monde, et d’autre part, le néologisme « tusdidt » peut être confondu avec l’adjectif « mince » qui a la même forme au féminin singulier.

Souvent, lorsqu’un mot est inhabituel à la culture et à la langue amazighe, je n’hésitais pas à l’adapter à l’environnement socioculturel le plus proche à cette culture même si ce mot trouve son équivalent dans les emprunts. Exemple : pour traduire « fontaine », bien que le mot « tasqqayt » (ou tasebbalt) existe comme emprunt, je lui ai préféré le mot « taghbalut » (source) parce qu’il est plus affectif et plus ancré dans la culture amazighe.

Il est important de signaler que pour traduire le Petit Prince, j’ai utilisé autant que possible les dictionnaires qui me sont accessibles, mais il n’a jamais été question de créer mes propres néologismes.

Conclusion

Dans l’état actuel de la langue amazighe, celui d’une étape transitoire entre l’oral et l’écrit, une œuvre littéraire, en particulier un conte comme celui du Petit Prince, devrait être de préférence narrée aux enfants par le moyen d’un support audio, et par la voix d’un conteur, comme autrefois. Chose que je n’ai pas pu réaliser pour le moment.

Bien que le support écrit soit nécessaire pour l’enseignement et la diffusion de la littérature et du savoir, le support audiovisuel, accompagné ou pas d’un support écrit, est le moyen le plus efficace qui garantira une meilleure diffusion de la langue et de la culture amazighe, et qui permettra de toucher un large public amazighophone, qui, jusqu’à présent utilise le créneau oral comme principal moyen de communication.

La restitution des mots anciens, l’utilisation des locutions et idiomes, la dérivation lexicale et l’emprunt inter-dialectal constituent le moyen le plus efficace et le plus simple pour pallier le déficit lexical en amazighe.

Cependant, l’amazighe, doit aussi profiter de l’emprunt aux autres langues internationales. Ce phénomène est naturel à toutes les langues en particulier en ce qui concerne le vocabulaire technique et scientifique. Pour l’amazighe, langue en émergence et en cours de standardisation, le recours aux néologismes n’est utile, à mon avis, que lorsque la recherche dans les autres dialectes a été épuisée. Pour la littérature amazighe destinée en particulier à la jeunesse, la néologie a tendance à empêcher l’accessibilité et la vivacité de la langue. C’est pour cela que, personnellement, je préfère garder les emprunts tels qu’ils sont utilisés dans la langue quotidienne des amazighs. Ceci évidemment, dans le cas où le vocable en question est absent dans un des parlers amazighs, et si sa dérivation d’un radical existant n’est pas évidente.

Lahbib Fouad
Yeschou@gmail.com

[1] M. A. Haddadou . La langue berbère : Les emprunts antiques. juin 2005, la dépêche de kabylie n°921.

[2] L’alphabet latin serait-il d’origine berbère ? par Mebarek Slaouti Taklit L’Harmattan, 2004.

[3] Expérience personnelle en traduction d’œuvres littéraires (La plupart des nouvelles traduites ont été publiées dans les revues et journaux) : Ighmer (Nouvelle de Mohamed Khair-Eddin) ; Jadou (Nouvelle de Said El Mahroug) ; Ilse (Nouvelle de Brahim Al Kouni) ; Amghar (Nouvelle de Moha Souag) ; Tageldit (Nouvelle de Tahar Djaout) ; Agrawal (Livre autobiographique de Lounes Matoub / Prix Mouloud Mammeri 1998), Agldun amezzan (Conte de Antoine de Saint-Exupéry)…

[4] Amawal (lexique) tamazight – tafransist (berbère-français), tafransist-tamazight (français-berbère). Paris. Imdyazen, 1980. 131p. utilisé par la pl