Receuil de poésie d’ Uyidir
31/10/2009


OMAR DEROUICH
27/10/2009
Omar Derouich, Taskiwin, coll. Intermezzo 7, éd. Emboscall, 2008.

[...] Dans l’une des ruelles de la vieille ville apparaît un enseignant ; prenant le chemin du boulot, il traverse la palmeraie et se précipite à l’école toute proche. Aujourd’hui, il y organisera un sit-in, il ne sait pas jusqu’à quand il cessera cette action. Il en a marre d’avoir à garder cinquante-deux petits enfants en classe : certains partagent leur pupitre à trois ; ce qui l’ennuie le plus c’est ce manque de moyens pour apprendre l’amazigh maintenant que cette pensée unique exprimée en arabe et en français commence à lâcher .
La réalité est lourde : pas de livres et pas de formation d’enseignants ; le plus choquant est le fait de remplacer les cours d’amazigh par d’autres matières ; et c’est ce qui provoque l’enfermement de notre instituteur à l’école.
Les textes amazighs sont transcrits en caractères latins ; les textes catalans sont traduits par Josep Maria Jarque. Le recueil est préfacé par Jordi Badiella.
ÉCRIRE À TAMAZGHA
La pensée humaine est prodigieuse: en un instant, elle est capable de nous transférer aux endroits les plus impensables quoique la destination est inconnue.
Il y a quelques instants, cher lecteur, tu as pris la détermination de lire ce livre, et tu te vois déjà dans la cité d’Igulmimen au Sud-Est du Maroc. Bien sûr, dans ce désert, le temps s’écoule d’une façon tout à fait différente ; ce n’est pas une question de température. Tes mouvements deviennent plus lents et cela est très important pour quelqu’un comme toi qui es habitué à l’incontournable vitesse. La vie flue par là dans un autre rythme, l’entends-tu ?
Dans l’une des ruelles de la vieille ville apparaît un enseignant ; prenant le chemin du boulot, il traverse la palmeraie et se précipite à l’école toute proche. Aujourd’hui, il y organisera un sit-in, il ne sait pas jusqu’à quand il cessera cette action. Il en a marre d’avoir à garder cinquante-deux petits enfants en classe : certains partagent leur pupitre à trois ; ce qui l’ennuie le plus c’est ce manque de moyens pour apprendre l’amazigh maintenant que cette pensée unique exprimée en arabe et en français commence à lâcher .
La réalité est lourde: pas de livres et pas de formation d’enseignants ; le plus choquant est le fait de remplacer les cours d’amazigh par d’autres matières ; et c’est ce qui provoque l’enfermement de notre instituteur à l’école.
Il s’appelle Omar DEROUICH ; il a envoyé, dernièrement, à ses amis catalans, quelques poèmes écrits entre 1989 et 2006. Il a intitulé ce nouveau recueil Taskiwin (petites cornes), nom d’une danse amazigh propre au Haut Atlas au Nord-Ouest de Warzazat. Dans cette danse, les hommes accrochent aux épaules des instruments de musique en forme de petites cornes ; alors ils les font sonner par vibration.
Ce ne sont là ni des vers solennels ni raffinés ; l’auteur les adresse à la collectivité, ils les a écrits avec une fidélité têtue envers son identité. En fait, dans ces poèmes, il n’y met pas une emphase spéciale dans la culture de sa nation ; les vers jaillissent de ce qui a été exprimé déjà dans sa langue et visent ce qui n’a pas encore été dit.
Le poète juge que la poèsie traverse les consciences individuelles et collectives pour devenir un observatoire de l’esprit humain ; il juge également que le poète n’est pas un héros mais seulement quelqu’un qui écrit et qu’il n’y a pas de motifs pour le désepoir. Notre poète sait que nous pouvons penser dans une langue étrangère cependant nous pourrons difficilement y sentir. D’autre part, il est conscient qu’on peut mettre des entraves à l’apprentissage scolaire d’une langue – fait grave – et malgré tout, il est impossible de réussir à faire cesser, aux enfants, le sentiment en leur langue vitale. Cette nécessité a poussé notre enseignant poète à écrire ses poèmes.
Les auteurs de ce type de littérature ne vivent pas de leurs écrits ; leur inquiétude est spirituelle. Eux, ils lisent, chantent et publient leurs oeuvres avec leurs uniques efforts ; parfois, avec l’aide d’amis mais sans attendre aucune reconnaissance.
Heureusement, cette nécessité vitale possède aussi des lecteurs de cette littérature. Dans ce sens, Tamazgha, pays des Amazighs, est un lieu spécial ; il ne renvoie pas exclusivement à la littérature mais ce territoire devient même un concept spirituel.
EL PRESIDI DE TUTCA
En aquest poema, l’autor recorda el seu
empresonament injust durant els
esdeveniments que van tenir lloc el maig de
1994 a Imteghren al sud-est del Marroc. Les
autoritats marroquines el van empresonar al
penal de Tutca (Raxidia) ple de criminals i
brètols condemnats a llargues penes de presó.
La primera part és una crida plena
d’indignació pel tractament dictatorial que
reberen en aquella ocasió els honorables i
pacífics militants amazigs. El poder marroquí,
conegut pel seu arabisme, declarà la guerra
als amazigs, negant-los tots els seus drets
d’éssers humans. Tenint en compte la noblesa
de la causa defensada, el poeta expressa el seu
compromís i la seva determinació a prop dels
seus i de la seva llengua materna, la llengua
dels Homes lliures.
EL PRESIDI DE TUTCA
És el tres de maig,
el segrest de joves recomença.
Ben amarrats,
se’ls emporten cap a la presó:
adéu-siau, escola fidel!
Junts, amb els criminals
de Tutca, dur penal!
Tasteu la injustícia brutal
i el pa sense sal,
vosaltres, que aneu errats,
vosaltres, deixebles d’honor!
El poder sense cor, ens reitera els enganys.
Foragitarem tenebres i acusacions
d’amos burletes i autoritaris?
La rèplica és ben clara:
la nostra identitat
–que tant i tant els irrita–
bategarà, sens treva,
per sempre més,
en els nostres cors.
AKURMU N TUCKA
Kraḍ mayyu, inekraf
s akurmu n Tucka,
nettuzuḥ-d izwir n wass
s akurmu n Tucka,
nettukref d imednunas
g ukurmu n Tucka,
neča aγrum amessas
g ukumu n Tucka;
nenẓa ur nesskir lbas,
nga tarwa n tissas.
Nnan-aγ ayt tkerkas:
“Tamaziγt, neqqen-as!”
Neggulla nekwni d tillas
ur nettemsasa;
ummṛent fellaγ tlumas,
ar nettusetsa.
Surten gezmen aγaras,
semden s taḍṣa.
Naru i ayt tkerkas:
“Tamaziγt, neks’ as!”
Ittwassen udabu amerruki s uḍeffur n
tεerbaẓri, ar issenkar tirit g Yimaziγen, netta
yasen-ittekksen izerfan-nnsen n yifganen. Ar
isenfali umedyaz anemmuttel-nnes d teγtestnnes
γer yidis n yimyisaten-nnes d tutlaytnnes
tanyut, tutlayt n yilelliyen, acku
tehhugger tmentilt γef ittrara.
Da d-issektay umedyaz, g tmedyazt-a,
askurmu aruγdim nna yas-ittugan g tmegga n
mayyu 1994 g Yimteγren g unẓul ugmiḍ n
Merruk. Sudsen yinesduba imerrukiyen
ammuker-nnes gren-t-inn g yiwen ukurmu
γur imadlasen d yizubyaten ittuten s tefgurin
timeqwranin.
Da d-isskan umur amezwaru g uḍris
asmuγey n wul iga usnirt adankan ittugen i
yitsen yimeγnasen imaziγen imelwan ilin addur.
Dans ce poème, le poète rappelle son
incarcération injuste lors des événements de
Mai 1994 à Imteghren au Sud-Est du Maroc.
Les autorités marocaines ont organisé son
rapt et l’ont jeté en prison au milieu des
criminels et des voyous qui purgeaient de
lourdes peines.
La première partie soulève
l’indignation contre ce traitement dictatorial
à l’encontre d’honorables et pacifiques
militants amazighs. Le pouvoir marocain
connu par l’arabisme déclare la guerre aux
Amazighs en leur niant tous leurs droits
d’êtres humains.
En raison de la noblesse de la cause
défendue, le poète exprime son engagement
et sa détermination auprès des siens et de sa
langue maternelle, langue des Hommes
GEÔLE DE TOUCHKA
Troisième jour de mai,
le rapt des jeunes renaît;
ligotés vers la geôle:
adieu docile école!
Rejoins les criminels
de Touchka, citadelle!
Goûtez du pain sans sel
et l’injustice cruelle,
Vous qui êtes dans l’erreur,
vous, disciples d’honneur!
La puissance sans coeur
nous réitère ses leurres.
Chasserons-nous ces ténèbres
et des accusations de maîtres
moqueurs, autoritaires?
La réplique s’assure claire:
cette identité qui les écoeure
battra, encore, et nos coeurs!
JUBA II
14/10/2009
Juba II (en tifinaghe : ⵢⵓⴱⴰ II) est un roi berbère de la Maurétanie (partie occidentale de la Berbérie, à partir de l’actuel Maroc, en passant par tout le nord de l’actuelle Algérie, jusqu’aux frontières de l’actuelle Tunisie). Fils de Juba Ier, né vers 52 av. J.-C. et mort vers 23 ap. J.-C., il règne sous la tutelle romaine à partir de sa capitale Caeserea (Césarée, aujourd’hui Cherchell au centre nord de l’Algérie).
Sommaire
•1 Biographie
◦1.1 Un roi, allié des Romains
◦1.2 Un homme de science et de lettres
◦1.3 Tombeau
•2 Liens externes
•3 Bibliographie
Biographie
Un roi, allié des Romains
Après la défaite de Juba Ier, César fait une entrée triomphale à Zama. C’est dans l’habitation de l’Aguellid défunt (roi berbère) qu’il décide du partage de l’Afrique et du sort de la famille royale. Juba II alors âgé de cinq ans à peine est envoyé en otage à Rome où il figure, par la suite, au triomphe de César derrière Vercingétorix de Gaule et Arsinoé, sœur de Cléopâtre d’Égypte.
Pièce de monnaie à l’effigie de Juba II. Nous ne savons pas ce qu’il advient des autres membres de la famille de Juba, toujours est-il, que Juba II est élevé dans une captivité dorée par Octavie, la sœur d’Octave, le futur empereur Auguste. Juba s’attire l’amitié de son protecteur qui lui offre des occasions de se distinguer et de s’élever au rang des autres princes. Octave lui accorde le droit de cité romaine et Juba prend alors les noms et prénoms de son protecteur: Gaius Iulius et les transmettra plus tard à ses affranchis, mais il s’abstiendra de le porter après avoir reçu le titre de roi.
Il participe probablement à la campagne d’Orient de 31 à 29 contre Cléopâtre et Marc Antoine, et sûrement à celle d’Espagne de 26 à 25 où Octave apprécie sa fidélité et son adresse. C’est au retour de cette campagne qu’il reçoit en récompense une partie des États de Bocchus et Bogud en plus de ce qu’il restait du royaume de son père.
À la sixième année de son règne, en 19 av. J.-C., il épouse Cléopâtre Séléné (la gréco-égyptienne), fille de Cléopâtre reine d’Égypte et de Marc Antoine, qui avait été élevée avec son frère jumeau Alexandre Hélios par la sœur d’Octave. C’est cette même Octavie, épouse répudiée de Marc Antoine, qui avait élevé Juba II. Cléopâtre Séléné est couronnée à son tour en raison de son ascendance maternelle et est officiellement associée au pouvoir sans qu’il y ait toutefois partage territorial d’autorité. Ce territoire, malgré certaines amputations au profit des colonies romaines, s’étend donc de l’Atlantique à l’ouest, à l’embouchure de l’Ampsaga (Oued el kebir) à l’est et comprend les régions de Sétif au sud ainsi qu’une partie des territoires des Gétules du sud-est algérien et tunisien.
Le rétablissement de ce vaste royaume, supérieur en superficie à celui de Massinissa dans ses grands jours, ne constitue pas pour autant un recul dans la politique coloniale romaine. Il marque seulement une pause. Auguste abandonne moins à Juba la propriété que l’usufruit de son royaume, disposant des territoires, les divisant, les morcelant à sa guise, sans que le roi numide ne manifeste la moindre résistance, tellement son esprit, par l’éducation qui lui avait été dispensée, était obnubilé par l’obédience à Rome.
Mais son fond berbère ne disparut pas, et Juba II s’intéresse tout de même à ses origines et à l’étude du libyque et du punique, langues de culture de ses ancêtres. Cet intérêt d’ordre culturel n’est pas accompagné de patriotisme et jamais Juba ne ressentira ce sentiment patriotique pour lequel luttèrent et moururent tant de Numides et de Maures.
En renonçant à l’annexion de la Maurétanie, l’empereur sait ce qu’il fait : avec Juba II à la tête de ces vastes territoires où se sont enracinés de nombreuses colonies romaines indépendantes du roi, il peut, sans crainte, confier l’administration des indigènes à un chef « indigène » qui, plus habilement que des fonctionnaires romains, saurait maintenir la paix. L’Afrique continue donc à pourvoir Rome de ses produits divers en général et agricoles en particulier.
Les Grecs lui érigèrent une statue auprès de la bibliothèque du gymnase de Ptolémée à Pausanias. Son règne est marqué par son sens de la démocratie et l’attention qu’il eut pour son peuple.
Son fils et successeur Ptolémée de Maurétanie poursuit en partie la politique de son père, mais n’héritera pas des vertus de celui-ci.
Un homme de science et de lettres
Les loisirs que lui laisse l’administration de son royaume, Juba II les consacre à l’étude et bientôt, il acquiert dans les sciences et dans les lettres une grande réputation.
Toujours désireux de connaître ses origines, il fait remonter sa généalogie jusqu’à Hercule qui épousa la Libyenne Tingé (Tendja), veuve d’Antée de la légende grecque.
Il fait construire de nombreux édifices publics, des places ou forums, des théâtres, des thermes, des temples, des jardins publics… Beaucoup de vestiges confirment la grandeur de Juba II qui possède une grande puissance de travail et d’assimilation (sculpture, architecture…) Son œuvre est d’une grande valeur mais n’est pas conservée par le temps bien qu’elle ait permis à plusieurs écrivains grecs et latins d’y puiser leur documentation tant elle était riche.
Il expédie de nombreux copistes dans les capitales du monde civilisé pour lui rapporter les découvertes des penseurs de l’époque, il organise des expéditions chargées de découvrir les sources du Nil et d’étudier l’archipel des Canaries.
Il écrit un traité sur son pays natal intitulé Libuca ; en trois volumes, contenant géographie, histoire naturelle, mythologie, croyances de toutes sortes…
Il laisse des écrits sur les Assyriens, l’Arabie, les plantes (l’euphorbe, d’après Pline, l’histoire romaine…
Il est connu des Grecs et des Romains en tant que savant, artiste, homme de lettres, auteur de plusieurs traités sur les lettres, la peinture, le théâtre, l’histoire, la géographie et la médecine. Il est à l’origine de la découverte de l’euphorbe (à laquelle il a donné ce nom, qui était celui de son médecin personnel) et son traité sur cette plante inspirera, plus tard, plusieurs médecins grecs.
Ses manuscrits sont autant de références pour plusieurs historiens grecs, tels que Tite-Live, Alexandre de Milet, Diodore de Sicile. Pline l’Ancien qui le cite dans ses livres dit de lui « qu’il était encore plus connu pour son savoir que pour son règne ».
Tombeau
Son épouse Cléopâtre Séléné, n’oubliera jamais quant à elle ses origines grecques et égyptiennes, elle obtient de Juba qu’ils soient tous deux ensevelis dans un édifice funéraire semblable aux pyramides d’Égypte ainsi qu’aux tumulus royaux macédoniens.
Ce qui amène le roi à faire construire ce tombeau proche de Tipasa appelé de nos jours (sans doute à cause de l’inclusion ultérieure de fausses portes ornées de croix) le « tombeau de la Chrétienne ». Il allie le tumulus funéraire berbère à la pyramide égyptienne par sa forme extérieure (forme cylindrique couvrant une base carrée et coiffée d’un cône en gradins).
Liens externes
•Juba II un roi maure /Encyclopédie Universalis
•Volubilis( région de Meknès) capitale de Juba II / Encyclopédie Universalis
•Les ethnies Maures / Encyclopédie Universalis
tombeau de Juba II , l’histoire victime d’une traduction approximative . Le monument s’appelle en arabe Qabr erroumia ( comprendre le tombeau de la Romaine )et non de la chrétienne .
Bibliographie
•Charlier Berthier, Le sanctuaire punique d’El hofra à Constantine, édition Fournier, 1844.
•Mouloud Gaid, Aguellids et Romains en Berbérie, éditions SNED, Alger, 1972.
•Stéphane Gsell, Histoire de l’Afrique du Nord, édition Hachette, 1920.
•Josiane Lahlou, Moi, Juba roi de Maurétanie, Paris-Méditerranée, 1999, ISBN 2-84272-059-8. (roman historique)
•Jean Mazard, Corpus Numérum Mauretanieque, Arts et Métiers graphiques, 1955.

Juba II
