Henri GENEVOIS In Actes du deuxième congrès international d’étude des cultures de la méditerranée occidentale. II.Sned, Alger, 1978, pp. 393-401.
La légende explicative du rite
« Il était jadis un personnage du nom d’Anzar. C’était le Maître de la pluie. Il désirait épouser une jeune fille d’une merveilleuse beauté :la lune brille dans le ciel, ainsi elle brillait elle-même sur la terre. Son visage était resplendissant, son vêtement était de soie chatoyante.
Zik illa yiwen qqarn as Anzâr. D netta d Agellid n ugeffur. Yebgha adyagh yiwet tteqcict : aggur deg genni, nettat di lqaàa. Udm is yettakticci ; talaba is d lêhrir amseààel.
Elle avait l’habitude de se baigner dans une rivière aux reflets d’argent. Quand le Maître de la pluie descendait sur terre et s’approchait d’elle, elle prenait peur, et lui se retirait.
Taqcict agi g mi ara d tekker teccuccuf deg yiwen wasif, aman is dimzârfen. Akkn ara d isûbb Ugellid nni ugeffur ar elqaàa gher teqcictnni, nettat tettagad, dgha ad yughal.
Un jour, il finit par lui dire :
Tel l’éclair j’ai fendu l’immensité du ciel,
ô Toi, Étoile plus brillante que les autres,
donne-moi donc le trésor qui est tien
sinon je te priverai de cette eau.
Almi d yiwen wass yenna yas:Aql i gezmegh d igenwan,
a yiwen n itran ;
fk iyi akejjud im fkan,
ngh am kksegh aman.
La jeune fille lui répondit :
Je t’en supplie, Maître des eaux,
au front couronné de corail.
(Je le sais) nous sommes faits l’un pour l’autre…
mais je redoute le « qu’en dira-t-on »…
Terra yas teqcict :Txil k, ay Agellid n waman,
a bu teàsâbt n lmerjan,
nekk i ketc iwmi yid fkan,
meàna ugadegh i imennan.
À ces mots, le Maître de l’eau tourna brusquement la bague qu’il portait au doigt : la rivière soudain tarit et il disparut. La jeune fille poussa un cri et fondit en larmes. Alors elle se dépouilla de sa robe de soie et resta toute nue. Et elle criait vers le ciel :
Ô Anzar, ô Anzar !
Ô Toi, floraison des prairies !
Laisse à nouveau couler la rivière,
et viens prendre ta revanche.
Dgha yekker fellas Ugellid nni n waman, yebrem taxatemt tetturegh. Dghayeqqel wasif nni d agherghar ; Agellid ighab. Taqcict tughwas, rrûh isd aman : tetru, tetru. Temmegh tekkes talaba nni n lêhrir, teqqimttaàarit. Tessawal ar igenni :Ay Anzâr, ay Anzâr,
ay ajejjig uzaghar ;
asif rr as làinsêr,
rûh ad d rrêd ttâr.
À l’instant même elle vit le Maître de l’eau sous l’aspect d’un éclair immense. Il serra contre lui la jeune fille : la rivière se remit à couler et toute la terre se couvrit de verdure.
Dgha cwît kan akka twala ifettîwej d ameqqran, yeqql Ugellid nni nlehwa. Iger taqcict nni g iri is. Asif nni yeqqel akken yella ; tzegzewak tmurt.
Voilà l’origine de cette coutume : en cas de sécheresse on célèbre sans tarder Anzar. Et la jeune fille choisie pour la circonstance doit s’offrir nue. »
Dgha teqqim d akken ttisirit. Ticki yemmegh ugherghar ad nebder mebla leàdil Anzâr. D aymi tettekkes teqcict àaryan.
Le rite lui-même
« À l’époque où se durcit la terre, et que se présente ce que l’on nomme ‘sécheresse’, les vieilles se réunissent pour fixer le jour où elles célébreront Anzar.
Mi ara tnezruref tmurt, d aymi neqqar « aghurar », ad nejmaàent tlawin timeqqranin, ad meslayent f teswiàt g ara weqment Anzâr.
Au jour dit, toutes (les femmes), jeunes et vieilles, sortent, accompagnées des jeunes garçons, et elles chantent :
Ata yebbdêd lweqt nni, ad ffghent tlawin g tmeqqrant alamma ttamêzyant ; ad rnun igerdan, ad tteddun tghennin :
Anzar ! Anzar !
Ô Roi, fais cesser la sécheresse,
et que le blé mûrisse sur la montagne
comme aussi dans la plaine…
Anzâr ! Anzâr !
ay Agellid, rêz d aghurar,
A ttebb nneàma n wedrar,
A tternu tin uzaghar…
Autrefois on escortait processionnellement une jeune fille pubère et de plus gracieuse. On lui mettait le henné et on la parait des plus beaux bijoux : bref, on en faisait une ‘fiancée’.
Zik ssêhwasent taqcict tilemzît yerna tezyen : ttin yebbwdên tizi nzzwaj. As qqnent lhênni, ssdaq n lfettâ, ad as xedment akw ayen xeddmen i teslit
La matrone du village, femme aimée de tous et de conduite irréprochable,devait procéder elle-même à la toilette de ‘la fiancée d’Anzar’. Ce faisant, elle ne devait pas pleurer, sinon on aurait pu penser qu’elle ne donnait pas de bon cœur à Anzar sa fiancée. Elle remet à la jeune fille une cuiller à pot (aghenja) sans aucun ornement qu’elle tiendra àla main. Puis la matrone charge ‘la fiancée d’Anzar’ sur son dos.
Tamettûtara as icebbhên i teslit n wenzâr d lqibla n taddart : Tamettût hemmlentt akw medden, tin zeddigen g fàayl is. Ur ilaq ara a ttettru, zeàma urs tefki ara tislit nni seg ul yesfan i wenzâr. As tefk i teqcict nniaghenja d aàari a tettêf deg fus is. Lqibla a ttebbib tislit n wenzâr.
Celle-ci, la louche en main, ne cesse de redire : Neftat, aghenja deg-fus-is, atteqqar : Ô Anzar, la louche est sèche,
toute verdure a disparu.
Le vieillard est voûté par les ans,
la tombe l’appelle à elle.
Mon ventre est stérile
et ne connaît pas de progéniture.
Ta fiancée t’implore,
ô Anzar, car elle te désire.
Ay Anzâr, aghenja yekkaw,
ighab uzegzaw.
Amghar yekna,
Isawl as d uzêkka.
Taàbbût tuqqur aya,
ulac dakira.
Tislit ghur k teàna,
ay Anzâr, imi k tebgha.
Un immense cortège les accompagne composé des gens accourus du village qui les suivent par derrière. À chaque seuil devant lequel passe le cortège, de nouveaux membres se joignent à lui et chantent eux aussi :
Atent tettâfar deffir tecdîbt i d yesran tjeggajêt ; yeàni akw lghacinni i d yeddan deffir. Kra n timi n wexxam f ara d àeddi tjeggajt nniyerna adernun ghurs, ad tteddun qqaren :
Anzar ! Anzar !
Ô Roi, fais cesser la sécheresse,
et que le blé mûrisse sur la montagne
comme aussi dans la plaine…
Anzâr ! Anzâr !
ay Agellid, rêz d aghurar,
A ttebb nneàma n wedrar,
A tternu tin uzaghar…
Surle trajet de la procession on offre semoule, viande fraîche ou séchée,graisse, oignons, sel… Et les familles ainsi visitées jettent de l’eau sur les têtes, s’efforçant surtout d’atteindre la fiancée que le cortège emmène avec lui.
Ansi kkan lghaciyagi asn d fken awren, aksum, acedlûh ngh aqeddid, lebsêl, zzit, lmelh…At wexxam ff ara àeddin asn id dêggren aman f uqqerruy, yerna kkatn adlêhqen tislit nni (i) i wwin yidsen.
Une fois arrivées à la mosquée ou à l’un des sanctuaires (du village), les femmes déposent la fiancée. Puis elles se mettent à faire cuire ce qu’elles ont recueilli de porte en porte : huile, oignons… Et tous les accompagnateurs prennent part à ce repas. Celui-ci terminé, on lave sur place les ustensiles et on jette l’eau dans la rigole.
Miiwwdênt tlawin nni ar ljameà negh ar hêdd iàessasen, ad sersent tislitnni. Ad kkrent tlawin ad sebbwent ak ayen i d mmetrent f tbbura : dzzit, d lebsêl. Ad ttcen ak wid d yeddan ar dinna. Mi fukkn utci adsirdent tlawin ijqedren dinna. Aman nni i ss i sardent a ten smirent artarga.
Après quoi, la matrone enlève ses habits à la fiancée, et la laisse nue comme au jour de sa naissance. La jeune fille s’enveloppe d’un filet à fourrage – et ceci signifie qu’il n’y a plus ni verdure ni rien de ce que produit la terre ; bref, que les gens en sont réduits à manger de l’herbe. Puis elle fait sept fois le tour du sanctuaire, tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l’eau. Tout en tournant, elle répète : Sinnattusawent lqibla a ttettêf tislit nni, as tekkes àaryan akkn ttidntejjayemmas. A ttels tajemmaàt ; zeàma ifukk lwerq, ifukk wayn id ttajjalqaàa, dgha teqqel teswiàt almi terra imdanen ar tjemmaàt. Ad ttezziteslit nni sebàa tikal i jameà ; a ttettêf aghenja nni g fus is,aqerruy nni ad yezwir ar zdat is am akkn ara têdleb aman, a tteqqar :
Ô vous, Maîtres des eaux, donnez-nous de l’eau…
J’offre ma vie à qui veut la prendre.
Ay at waman, awi t id aman, nefka tarwîht i wit yebghan. C’est pour cette raison qu’on la nomme ‘la fiancée d’Anzar’. Ff ayagi qqarn as « tislit n wenzâr ».
Quand la jeune fille ainsi offerte à Anzar a terminé sa giration autour de la mosquée ou du sanctuaire, elle dit :
Ihi tilemzît agi ara d ibeddnakka ar wenzâr, mi d fukk tuzzya n ljameà ngh uàessas (anda tfêttn anzâr), as tini :
Je regarde la terre :la face en est dure et sèche.Pas une goutte d’eau dans le ruisseau. L’arbrisseau des vergers s’étiole.Anzar, viens à notre secours,tu ne peux nous abandonner, ô Noble.J’entends le gémissement de la terre pareil à celui du prisonnier plein d’ennui.Pas une goutte ne suinte des outres,le limon est rempli de crevasses. Je me plie à ta volonté ô Anzar,car devant toi je ne suis rien. L’étang se vide et s’évapore,il devient le tombeau des poissons. Le berger reste tout triste maintenant que l’herbe est flétrie. Le filet à fourrage est vide, il a faim…il m’étreint comme ferait une hydre.
Ssukk agh d tît af tmurt,Udm is yennezruref.izêri deg ghzer yeqqur,isegmi nddhus yekref.Ay Anzâr, fk agh d afus ik,yeàni ljid agh yanef ?Sligh tamurt tetnizzif,bhâl amêhbus g ttîq.Taylewt ur d ttudum,kul ires la yetceqqiq.Uzengh ak in, ay Anzâr,Zdat ak ay lligh d ariq.Yeqqur wemdun yettafwar,yeqql i iselman d azêkka.Yeqqim umeksa yendel,tura rghan akw ikussa.Tajemmaàt texla tellûz,Thêrs iyi amzun d talafsa.
Après quoi les femmes réunies dans le sanctuaire entonnent le chant que voici : Ô Anzar au cœur généreux,le fleuve n’est plus que sable desséché.La clef, c’est toi qui la possèdes,de grâce, libère la source.La terre agonise injecte son sang jusqu’en ses racines.Ô Roi, ô Anzar,notre Mère la terre est sans force Elle patiente, elle compte sur toi,comme elle a accepté de toi le manque de nourriture.Remplis la rivière de ta sueur et la vie triomphera de la mort.ÔAnzar, ô puissant,Toi qui donnes la vie aux hommes,délivre-les de leurs liens,Toi le remède des blessures.La terre attend, livrée comme une jument,toute à la joie de ta venue.Ô Anzar, fils du (ou de) géant,Toi qui vis parmi les étoiles.Notre gratitude te sera acquise évidemmentsi tu nous donnes de l’eau.Ô Anzar, ô Roi,Toi dont le charme est sans égal,tu as épousé une jeune fille, perle précieuse,à la chevelure souple et lisse.La voici, donne-lui des ailes,et foncez vers le ciel : allez,À cause d’elle, parée de fine étoffe,tu peux dire aux assoiffés : buvez !
Tghennint tlawin leghna yagi g ljameà mi ara tfakk teslit tuzzya n ljamà nni : Ay Anzâr, a buwul esxay,yeqqel wasif d aqerqar.Tasarut attan ghur k,Txil k, lli d làinsêr.Lqaàa tcehhêq,Gr as idim ik g zâr.Ay Agellid, ay Anzâr,teghli tyemmat tamurt :fellak ay tugh ssêber,akken tugh lghiba n lqut.Ccar d s tidi k ighzêr,a ttali tudert zdat n lmut.Ay Anzâr, a butezmert,a win izêrràen lerwax.fellasen kkes tamrart,d ketci d ddwa n lejrâh.Tamurt a tters am tegmert,S tirza k i tferrêh.Ay Anzâr, mmis ucacfal,Tamaàict ik ger yetran,tajmilt atbin inek,ma tefkîd agh id aman.Ay Anzâr, ay Agellid,Sserr ik hêdd ur t yesài.Tughêd taqcict am tyaqut,tema amzur d imleghwi.Attan, eg as afriwen,kecmet deg genni, ruhêt.Aff am tlaba reqqiqen,I tennîd I wi fuden : Swet.
Cependant, quelques jeunes filles en âge d’être mariées, s’assemblent auprès de la fiancée toujours nue, pour le jeu dit ‘zerzari’ qui se pratique avec une balle de liège. Elles se groupent dans un endroit plat, non loin de la mosquée ou du sanctuaire. Munies chacune d’un bâton, elles se disputent la balle, jusqu’à ce que cette balle tombe dans le trou préparé pour la recevoir. Pendant ce temps là fiancée répète : La terre et moi, nous sommes co-épouses,nous avons épousé un homme sans l’avoir vu. Nous ne sommes ni infirmes, ni stériles,mais la clef est bloquée dans la serrure. Nos seins ne donnent pas de lait :comment du reste le pourraient-ils ?
Ad kkrent kra ttêhdayin yellan af tizi n zzwaj, nutenti d teslit nni yekksen àaryan, ad urarent zerzari s txennact iferki. Ad nejmaàent g anda tella ludâ, dinna g ljameà negh g lemqam. Ad ttfent iàewzan, kul yiwet s yiwn uàkkaz. Ad ttfent taryalt iferki, ta a t tekks i ta. Ad idum wurar nni alama tekcem txennact nni ar uxemmuj i s heggant. Tislit nni a tfeqqar : Nekk d tmurt d takniwin,nugh argaz ur t nzêrr ?Ur nàab, ur ttiàiqrin,meàna tasarut d irza i tzekkar.Iffan nnegh qquren…ulac ff ara d neggin.
Lorsque la balle a pénétré dans le trou, elle dit : Je tends la main devant moi,je ne trouve que le vide.Ma main cherche derrière moi,et ne trouve que moi-même.Rien ne me retient que moi-même…ô Anzar, ô Roi très bon,ma vie m’est précieuse…mais s’il la veut qu’il la prenne !
Mi tekcem teryalt nni iferki ar uxemmuj, as tini : Fkigh afus ar zdat iTemmugr iyi d ddunit.Yughal d ar deffirYufa d d nekkini…D iman iw iyi d yettfen,ay Anzâr, ay Agellid n làali,D tarwîht iw i yeàzizen…ma icrêd it-id, a t yawi !
Les jeunes filles qui ont pris part au jeu avec elle, répondent : Nous avons atteint notre but :la balle est à sa place.Le Roi est descendu sur la terre :la fiancée s’est soumise et l’a accepté.Ô Roi, donne-nous de la pluie,tu le vois, notre terre est assoiffée.Alors elle nous donnera bonne récolte,comme vous-même avez donné progéniture.
Ad as inint têhdayin nni yuraren akw yids : Neqdâ d taghawsataryalt tugh lmekna.Agellid yers d ar lqaàa,tislit tsebbeb terdâ.Ay Agellid, awi d lehwa,annagh tfud lqaàa,akkn ad tefk ssâba,akkenni ad tefkam ddakira.
La balle est enterrée dans le trou creusé pour elle avant le jeu. Toutes les femmes regagnent le village avant le coucher du soleil. On peut être assuré que peu de jours après la célébration d’Anzar, la pluie se met à tomber.Mais de nos jours, ce n’est plus une vraie mariée, parce qu’un chef l’a refusé autrefois : il a en effet refusé qu’une jeune fille se retrouve nue au cours du rite. Depuis on pare une louche que l’on appelle « la fiancée d’Anzar » [paragraphe traduit du kabyle par Fatiha Lasri]
Taxennact iferki i s leàbent zerzari nêttlent daxl uxemmuj i s ghzan yakan weqbel urar. Ad ughalent tlawin nni merra ar taddart weqbel ad yeghli itîj. Zemregh ad inigh belli tekkat ad lehwa kra n wussan deffir ufettên n wenzâr.Ma ttura kksen medden Tislit nni n ssêh axatêr yugi yiwen n Sid zik nni : yugi a ttekkes teqcict àaryan. Dgha tcebbihên kan i ughenja ttarrant « d tislit n wenzâr ».
À l’époque où les familles des At-Qasi et des At-Djennad se battaient contre les Turcs, les Marabouts mirent fin à l’ancienne procession (telle qu’elle vient d’être décrite). Ainsi nous l’ont racontée nos aïeules. Malgré cela, certains villages continuèrent la procession ‘ancienne manière’ ; d’autres la cessèrent immédiatement par peur de la malédiction des Marabouts. Dans ce dernier cas ils se contentent de transporter processionnellement la seule cuiller à pot, magnifiquement ornée au préalable comme une fiancée. Le rituel est à peu près le même, hormis bien sûr la dénudation qui n’est pas nécessaire. Le repas terminé, ce sont les jeunes filles qui se livrent au jeu de ‘zerzari’.La célébration terminée, la louche sera reprise par son propriétaire qui la mettra de côté pour une prochaine célébration ».
Asmi tnaghn At-Qasi, At-Jennad nutni d Tturk, i lweqt nni i shêrmen yemrabdên tukksa àaryan teslit n wenzâr. Akka i d hekkun imezwura negh. Akken, llant tuddar ikemlen akkenni, llant tuddar yugaden deàwessu. Ad tawi lqibla aghenja ajdid, as tewqem allen, aqemmuc ; as tcebbeh s lêhrir yettemserghan ; as teqqen tafzimt amm akken ttaqcict nni n zik. Mi s tcebbeh i wghenja, ur s qqarn ara aghenja meàna Tislit n wenzâr. D lqibla ara tt yawin g tebburt ar tayêd alamma d ljameà negh d lemqam. A tteddu yids tecdîbt tlawin igerdan, tiqcicin. Mi bbdênt ar dinna ad sebbwent ayn akw i d jemcent f tebbura, ad tten ak wid nni yeddan ar dinna. Imir ad urarent teqcicin tilemzîyin Zerzari i d nebder ya kan. Weqbel ad yeghli itîj ad ughalen akw lghaci ar taddart.Mi g-fukk ufettên n wenzâr, aghenja at yeddem bab is, a t yejmeà i wfettên n wenzâr kan. Ma d taxennact iferki nêttlent daxl uhemmuj i s ghzan ya kan weqbel urar.
Taghenja aux pays des berbères
14/11/2007

Taghenja au pays des berbères
Une légende, Taghenja, la fiancée de la pluie, réunit aujourd’hui tous les berbères du monde : trente-deux millions de personnes vivant au Maroc,
en Algérie, en Libye, au Mali…D’autres, à Paris, New-York, Montréal…
Ce livre, le premier entièrement illustré et raconté par une artiste berbère, met en scène, à travers cette légende transmise oralement depuis le fond des temps. Un peuple qui a réussi à préserver son intégrité culturelle par-delà les millénaires et les assauts d’une histoire souvent hostile.
La fiancée de la pluie de Terna HAJJI- Indigène éditions
Anzar ou la pluie fécondante
14/11/2007
L’eau fait partie des quatre éléments fixes depuis la pluie haute antiquité par la sapience humaine : la terre, l’air, le feu et l’eau. Le corps des êtres vivants est constitué à 70% d’eau. La surface de la planète terre est, elle aussi, inondée dans les mêmes proportions.
L’historien Hérodote a dit que l’Egypte serait une simple masse de sable désertique sans la bénédiction du Nil. C’est pourquoi, dès le commencement de la vie, l’eau a été appréciée à sa juste valeur comme élément vital irremplaçable. Elle a été vénérée même dans les contrées où elle surabonde à l’exemple de la Scandinavie. Dans ces terres nordiques ont eu lieu les premières recherches qui ont abouti au recyclage des eaux industrielles et domestiques.
Dans les pays méditerranéens, les pays du Croissant fertile (Sumer et Babylone) et dans l’Amérique précolombienne, les peuples ont consacré à l’eau des divinités auxquelles sont prêtés des sentiments,des humeurs et des volontés. Pour obtenir de l’eau dans les moments de sécheresse et de disette, il est fait appel à ces dieux pour lesquels on fait des immolations, des parades nuptiales ou des rites magiques. Dans l’ensemble, ce sont des cérémonies prioritaires, destinées à amadouer le dieu, à apaiser sa colère et solliciter sa générosité qui finit presque toujours par se délier par l’arrivée de la manne du ciel.
Dans la civilisation des Mayas, le dieu de la pluie et de la fécondité s’appelait Chac. Les Aztèques, eux, sont connus pour la mythologie dont ils entourent Tlaloc, le dieu de la pluie. C’est le huitième maître des jours et le neuvième seigneur des nuits. Il demeure au sommet de la montagne et on lui sacrifiait des enfants au 1er et au 3e mois de l’année. Les Aztèques se baignaient dans un lac et se mettaient à imiter les gazouillis des oiseaux. Ils utilisaient des cloches de brouillard pour obtenir de la pluie. Tlaloc était aussi vénéré que redouté. Parfois, dans sa générosité débordante, il lance sur la terre tempêtes, torrents et foudre, et dans ses moments de colère vindicative, il fait régner la sécheresse.
Dans le mithraïsme, une religion ancienne de l’aire civilisationnelle indo-iranienne, Soma représentait la divinité de la pluie fécondante qui tombe de la lune. Les Naïades de la Grèce antique sont des nymphes gardant les ruisseaux, les rivières et les fontaines. Habitant les versants escarpés du Djurdjura, des Bibans et des Babors, les Kabyles ont une relation viscérale, intime, voire mythique avec l’eau. Ils ont su, très tôt, dompter la nature hostile pour en faire un joyau. Des torrents de montagnes furent domestiqués jusqu’à en faire une énergie mécanique qui faisait fonctionner les huileries et les meuneries. Des mares d’eau, avec les canalisations nécessaires, ont été aménagées pour irriguer des jardins et des vergers avec un sens d’organisation extraordinaire qui n’a son pareil qu’au niveau des foggaras, du Sahara. Dans les hameaux et les villages, les sources ont été captées pour en faire des fontaines familiales ou publiques où — images d’un romantisme secret et merveilleux — viennent puiser l’eau les femmes et les jeunes filles avec des amphores en poteries locale. Le paysan de Kabylie a aussi aménagé pour son cheptel vasques et abreuvoirs attenants à la fontaine ou retirés dans un autre emplacement. Lorsque, par une saison exceptionnelle, le ciel se fait parcimonieux, et lorsque toutes les autres solutions auront été épuisées (rationnement, réorganisation des rotations d’irrigation, apport des fourrages secs pour le bétail), les petits et les grands sortent dans une grande aire, puis avancent dans le champ en appelant Anzar au secours au cours de cérémonies aussi solennelles que festives. DDK
Le rite d’Anzar raconté par Henri Genevois ’’La fiancée d’Anzar’’, rite propitiatoire kabyle
La culture algérienne a, dès les premières années de la colonisation, fait l’objet de recherches et d’investigations de la part de militaires et de missionnaires français. Quelles que fussent les raisons premières qui ont présidé à ce domaine d’étude qui a fini par aboutir à de véritables vocations — ces raisons sont aussi bien liées à une stratégie militaire de domination des peuples qu’à un exotisme dans lequel se trouvent impliqués des peintres, des écrivains, des chroniqueurs, des prosélytes,… —, les résultats n’en sont pas moins intéressants pour la génération actuelle qui retrouve ainsi enregistrés des pans entiers d’une culture orale menacée aujourd’hui de disparition. Le territoire d’intervention de ces missionnaires va du nord d’Algérie jusqu’à Tamanrasset. Cependant le plus grand nombre d’intervenants et le plus gros volume de travaux de ce genre concernent indubitablement la Kabylie. Dirèche-Slimani note dans “Hommes et femmes de Kabylie” ! ouvrage collectif coordonné par Salem Chaker (Edisud-2001) : “Colonisation et évangélisation, conflictuelles mais indispensables, ont projeté la figure du missionnaire dans l’espace kabyle et dans son histoire. Le Père Blanc est un personnage familier de la société kabyle de la fin du 19e siècle et du 20e siècle. Observateur, témoin et acteur d’une société traditionnelle soumise à des transformations brutales (pacification, colonisation, décolonisation, indépendance), il a lui-même été soumis à des remises en cause profondes (par rapport à son rôle, sa fonction, son idéologie, ses discours). Représentant d’un monde colonisateur et dominant, imperméable à la différence des autres ! il a été rapidement été en mesure de s’adapter aux logiques complexes d’une société kabyle elle-même fermée et difficile d’accès”. Par des actions éducatives et caritatives, les missionnaires de l’ordre des Pères Blancs, crée en 1868 par le cardinal Lavigerie à El Harrach, ont pu approcher la société kabyle et saisir ce qu’il y a de plus intime en elle, sa quintessence symbolisée par la culture et particulièrement la langue. Les Pères ont fait un point d honneur d’apprendre la langue kabyle, seul moyen qui leur permettait de connaître l’âme kabyle et de la dire dans la langue du colonisateur.
“Elément d’altérité à l’origine, le Père Blanc devient, par sa maîtrise de la langue kabyle et de son expérience du terrain kabyle, un spécialiste reconnu et le porte-parole d’une culture méconnue et longtemps maintenue dans le registre méprisant de l’oralité”, souligne encore Dirèche Slimani. Les domaines de recherches de ces missionnaires ont pour objet la culture orale dans son acception la plus large (contes, poésies, maximes, apophtegmes prologues,…) mais aussi les travaux d’industrie, d’agriculture et d’artisanat ainsi que les pratiques sociales et les mœurs. La valorisation du patrimoine culturel et littéraire kabyle ainsi opérée trouvera écho chez les générations du mouvement national et de l’indépendance qui en sont venues à se réapproprier et assumer d’une manière à la fois passionnée et rationnelle cet héritage qui s’avérera un levain à la nouvelle conscience berbère en Kabylie. Les travaux des Pères Blancs de Kabylie ont été repris, exploités, complétés et prolongés par la nouvelle race de chercheurs qui s’emploient à produire une matière assez complète pouvant et devant servir au nouvel environnement marqué par l’introduction de tamazight dans le système éducatif algérien.