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Comme toutes les sociétés amazigh, la société chawie était fondée sur l’opposition entre le masculin et le féminin, principes complémentaires. Cette division était poussée très loin, jusque dans les moindres détails de la vie. Pour ne donner qu’un exemple, seul l’homme pouvait labourer et conduire l’attelage, mais seule la femme pouvait binait le jardin. La description que nous donnons correspond à la société telle qu’elle existait il y a encore cinquante ans. Depuis, bien des choses ont changées.

La condition de la femme Chawie était très dure, en vertu des tâches quelle devait assumer. Maîtresse de la maison, tous les travaux domestiques lui incombaient. Chez les Chaouias sédentaires, elle s’occupait également du jardin. Chez les Chaouias semi nomades, elle restait à la maison pendant la transhumance et assumait la responsabilité du chef de famille. Son importance dans la famille était encore plus grande que chez les Kabyles. En contre partie, elle y était encore plus respectée.

L’une des originalités de la société chaouia résidait d’ailleurs dans la condition des femmes.
Elles formaient une société particulière, à laquelle les jeunes filles étaient initiées très tôt. Elles y apprenaient les ruses contre un ennemi commun : les hommes. Elles y apprenaient aussi la magie et ses rituels. On peut parler d’un véritable contre-ordre féminin, qui s’il n’a pas la puissance de l’ordre masculin, est capable toutefois dans de nombreuses circonstances de le contrecarrer.    

La femme avait en général une fonction de prêtresse agraire. Elle seule connaissait la magie amoureuse, mais aussi la magie maléfique. Elle était respectée pour ses bienfaits, puisqu’elle était médecin et devineresse et protectrice contre les mauvais esprits. Mais pour la même raison, médiatrice entre l’ordre humain et l’ordre des esprits,  elle était crainte, puisque capable d’une magie dangereuse contre laquelle les hommes n’avaient aucun pouvoir. C’est aussi pourquoi elle était respectée. Certains ethnologues ont vu la survivance de coutumes africaines anciennes, ce qui est fort possible mais non prouvé.

Dans le mariage, on retrouve les mêmes principes. Un proverbe chaouia dit : «Pour une fille, il n’y a que le mariage ou la tombe ». Mais dans le mariage, on retrouvait pourtant un respect relatif des femmes.

La jeune fille pouvait être mariée très jeune et son père disposait du droit de contrainte. Cependant, il n’était pas rare qu’une femme imposait son choix lorsqu’elle avait passé l’âge de la puberté. Le jeune homme possédait aussi un droit de choix. Le plus souvent il préférait la fille de son oncle paternel, ou à défaut maternel, ce qui resserrait le clan. On retrouve la tradition du mariage avec la cousine parallèle décrite précédemment. La pression était donc moins forte que chez les Kabyles concernant les choix du mariage. Mariages d’amour ou de raison, ils étaient très souvent désirés par les futurs époux.

La raison s’en mêlait souvent, cependant :

  • Le système des çoff interdisait certaines unions, qui auraient été considérés comme infraction à l’honneur. Comme les çoffs sont organisés par village, concrètement, ceci empêchait le mariage hors du village. On retrouve la même pratique que chez les Kabyles, la pérennisation du village.

  • Une des activités importante de la femme était le tissage de la laine, qui est une activité qui demande une grande habileté. Une bonne tisserande était un parti très recherché. Les jeunes filles issues de familles riches ayant plus de loisirs, elles avaient beaucoup plus de facilité de devenir expertes en ce domaine. Cependant, certaines jeunes filles pauvres y parvenaient également et étaient alors très attirantes pour un jeune homme riche.

Le système de la dot existait mais celle-ci restait propriété de la femme, ce qui est une originalité importante des Chaouias . Elle pouvait en réduire le montant, ce qui obligeait le mari à lui en faire l’aumône. Elle pouvait même décider son annulation, ce qui lui laissait alors la possibilité de divorce sans restitution de dot. Utilisant des lois musulmanes (institution des Cadi, depuis 1866) la femme chaouia avait en fait la liberté de fait du divorce : elle pouvait forcer son mari à la répudier sans contre partie, puisque la restitution de dot était annulée.
La soumission au mari n’était qu’apparente. Au mariage la femme devait soumission totale à son époux, qui disposait même d’un droit de correction, et elle n’avait aucun droit de décision. Cependant elle disposait vite, de fait, d’une influence considérable. La polygamie était interdite. Dans l’économie familiale la femme jouait un rôle majeur. Elle était au moins consultée, et souvent elle participait aux décisions. Parfois les femmes intervenaient dans les conflits entre familles sans en référer aux hommes.
La femme mariée continuait de porter le nom de son père, même si le mariage comportait une cérémonie qui avait pour but de « lui faire oublier le chemin de la maison de ses parents ». Mais en cas de veuvage, elle retournait dans son clan paternel.

L’homme possédait un droit de répudiation. Il s’appliquait dans les cas suivants : 

  • En cas d’adultère, le mari et non la famille, comme chez les Kabyles, était seul juge de la sanction : répudiation ou mise à mort de sa femme. Dans ce dernier cas la famille de la femme exigeait la vengeance : il lui fallait venger ce manquement à l’honneur. Évidemment la famille du mari le défendait, et il pouvait s’en suivre des conflits violents entre familles allant jusqu’à des meurtres. Mais il était heureusement très rare que l’on en arrive là.

  • La stérilité. En ce cas, on recourait à des pratiques magiques, et la répudiation n’intervenait que quand après bien des efforts, elle était avérée..

  • L’inaptitude totale au travail de la laine, cas très rare. Chez les Chaouias si une jeune femme se montre mauvaise tisserande, ce qui était notamment le cas des jeunes filles mariées très jeunes,  la belle-mère entreprenait avant tout de parfaire son éducation.

De plus, le divorce existait. Il pouvait être de l’initiative de l’homme, mais aussi de la femme particulièrement si elle était maltraitée. La femme battue pouvait quitter son mari, au nom de l’honneur.
Que la femme soit répudiée ou qu’elle soit divorcée, elle pouvait prendre un statut particulier, celui d’Azriya.

Une Azriya est en fait une courtisane. Elle dispose d’une grande liberté, et même si elle est considérée comme une femme de “mauvaise vie” elle est entourée de considération. Elle a une grande influence dans certaines cérémonies, où ses danses sont indispensables, notamment lors des mariages. Il arrivait qu’une Azriya se retrouve enceinte, vue la liberté de mœurs. Dans ce cas, les enfants nés hors mariages étaient rattachés au clan maternel.

Le statut de la femme chaouia apparaît comme intermédiaire entre celui de la femme kabyle et de la femme touarègue noble. Si la loi masculine s’applique, le semi-nomadisme des hommes lui laissait plus de liberté.

                    source:Convergences

La Lettre Des Aurès *** Izen u-Cawi

 

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Géographiquement, le pays Chèwi, plus communément connu sous le nom générique de Région des Aurès, se situe au nord-est de l’Algérie. Pays de montagnes et de hauts plateaux, adossé à l’Atlas saharien, qui en constitue le socle aurassien proprement dit, il correspond grosso modo à un territoire qui s’étend de Tébessa, dans le sud-est, à El Eulma, dans la région de Sétif, au nord-ouest. Il est délimité, au nord, par l’axe Constantine/Guelma, Biskra constituant sa frontière sud.

Cette définition géographique correspond bien entendu à l’aire de propagation de la langue Chèwie ; une donnée approximative, fondée sur des contacts personnels et des recherches faites à notre propre initiative, les autorités officielles étant, quant à elles, particulièrement allergiques à toute initiative allant en ce sens.

Pour ce qui est de l’importance numérique des Chèwies, des gens férus de statistiques estiment que nous sommes une population d’à peine quatre millions d’individus. Certains d’entre-nous affirment que le nombre exact des Chèwis se situerait autour du double de ce chiffre. D’autres estiment qu’il est quasi impossible de s’appuyer sur un quelconque certitude en ce domaine…

Mais, peu importe ! Quel que soit le cas de figure, nous sommes et seront toujours assez qualifiés pour exiger le respect du premier et du plus élémentaire des droits qu’un citoyen se doit de réclamer de son Etat : la défense et la promotion de sa langue maternelle.

Quant à notre importance, elle n’aura de sens que le jour où i’Chèwiyen, dans leur ensemble, auront pleinement assumé leur identité et recouvré l’intégralité de leur patrimoine culturel. Ce jour-là, que l’on s’aperçoive que nous sommes quatre millions d’âmes ou davantage ou beaucoup moins, cela n’aura que peu de sens : les vertus d’une culture se mesurent à la valeur de ses enfants et non à leur nombre ou à l’étendue de leurs possessions.

Laissons, donc, les statistiques à ceux qui aiment en manipuler les données, et contentons-nous d’être soi, ouverts sur le monde et confiants que l’avenir ne se construit pas par opposition à autrui et encore moins dans l’isolement, mais avec tous, et notamment (en ce qui nous concerne), dans le cadre d’un pays – d’un monde serions-nous tenté de dire – qui appartient à l’ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur langue, leur religion ou leur importance numérique.

Il est vrai qu’en ce domaine, nous revenons de loin. Car les idéologues qui nous prédisaient une extinction aussi rapide qu’inéluctable, bâtissait leurs théories sur ce fameux antagonisme qui, paraît-il, oppose ‘langues primitives et langues modernes’. Ces intellectuels inspirés, en faisaient un dogme dont ils déclamaient les vertus à tout vent.
Le fait est que, entre-temps, nous avons appris que la seule différence entre ‘un dialecte’ et une langue, c’est qu’une langue est un dialecte qui dispose d’une police et d’une administration. Autant dire : une langue n’est qualifiée de telle qu’en raison du pouvoir que détiennent ses locuteurs. Pas plus. Mais pas moins, non plus : ne soyons pas excessifs.

Quoi qu’il en soit, un des arguments parmi les plus prisés par cette gente éclairée, consiste à dire que notre langue serait constituée, à raison de 30, 40, ou même 50%, de vocables issus de la langue Arabe ! et qu’elle ne méritait pas, par conséquent, le qualificatif de langue à part entière!

Ce qui nous étonne dans ce genre de raisonnements, c’est que ses auteurs n’aient pas songé à réserver une part de ce juste mépris qui les anime, aux locutrices et locuteurs Anglais, par exemple, car les linguistes qui se sont penchés sur le parlé de même nom, nous apprennent qu’il est constitué, à 60%, de termes Français! Quant à la proportion du Latin dans ce dernier idiome, elle est estimée à pas moins de 87%! Inutile de préciser que, face à une telle situation, nos avisés idéologues se donneront, un jour ou l’autre, la peine d’éclairer ces infortunées peuplades sur les menaces l’invalidité qui pèsent sur leurs dialectes respectifs.

Chemin faisant, ils se feront, n’en doutons pas, un devoir d’informer Arabes et Juifs que leurs langues ont une proportion assez conséquente de vocables en commun – et d’en tirer les conclusions adéquates ! Mais…fi des extrapolations blasphématoire! Revenons plutôt à notre thème, et ce, pour dire que nous sommes pleinement conscients du fait que, si le propre d’une langue c’est de parler, la fonction d’une idéologie c’est de lui faire dire ce qui conforte le pouvoir de ses promoteurs et sert au mieux leurs intérêts.

Nous tenons quant à nous, à ce que l’on sache que si notre volonté de vivre en bonne intelligence avec tout le monde est grande, celle de vivre en paix avec nous-mêmes ne l’est pas moins ; aussi bien aspirons-nous à ce que l’Arabe Algérien devienne, un jour – que nous espérons proche – notre langue national – à tous – et que les langues régionales soient secondes langues dans leurs régions d’origines. Car, que l’on soit arabophones ou berbérophones, nous avons la faiblesse de croire que nous jouissons de ce minimum de dignité qui confère à tout individu le droit de se dire, le plus naturellement du monde : je suis maître chez moi.

Et, soyons-en assurés que ce n’est qu’à ce prix et rien qu’à ce prix, que nous réussirions une unité nationale profitable à tous les Algériens, et que les médias, l’école et l’appareil étatique, d’un côté, et les populations, de l’autre, cesseront de vivre cette schizophrénie collective – devenue depuis si longtemps notre lot quotidien -, qu’illustre le décalage proprement surréaliste qui fait ces deux camps se tourner si résolument le dos, et ce, depuis plus de quarante ans.

Le fondement premier d’une telle conviction trouve bien entendu sa raison d’être dans le fait qu’une langue est d’abord et avant tout maternelle, et que nos mères, qu’elles soient Berbères ou Arabophones, ne sont pas moins dignes que les mères orientales dont on tente de nous inculquer l’idiome à la façon dont un exorciste s’efforcerait d’exorciser un possédé. Et pourtant, nous ne sommes ni malades ni atteints d’une quelconque infirmité d’ordre psychique, et l’Arabe classique peut difficilement passer pour un remède contre une quelconque déficience mentale.

Et puis, serait-ce, donc, une si grande insulte à la face du monde, que d’aspirer à être respectueux vis-à-vis de celles qui nous ont donné le jour, conscients que nous sommes que c’est à cette seule condition que nous pourrions prétendre au respect de nos enfants ?

Quant aux slogans du style : “les langues populaires sont pauvres “, est-il vraiment nécessaire de s’interroger sur les motivations premières de leurs propagateurs ?

En fait, la question est mal posée, car si une langue est qualifiée de
populaire, c’est qu’elle est
la langue du peuple, nous semble-t-il. Et dans ce cas, serait-ce si déplacé de dire à ceux qui n’en sont pas satisfaits, qu’ils n’ont qu’à s’en chercher un autre, de peuple! Du reste, l’indigence la plus terrible de toutes, n’est-ce pas celle de l’âme ? Il suffit, pour s’en convaincre, de prêter attention à nos penseurs patentés, et l’on est amplement instruit en la matière. Et même à satiété. Et, surtout, gardons-nous de les haïr : le mépris suffit. L’Histoire saura les traiter à leur juste mesure ; cette histoire qui, si elle n’illumine ni n’assombrit les esprits, du moins hante les cœurs ; d’où la fallacieuse et bruyante assurance dont se targuent ces grands esprits : quel destin plus tragique en effet que d’avoir pour seule boussole un avenir qui s’est trompé d’enfance ?

Le plus triste dans tout cela, c’est qu’un certain nombre de nos compatriotes Arabophones semblent ne pas se rendre compte que, d’une parenté purement linguistique, on leur a façonné un moule d’ordre divin, les entraînant de la sorte vers des abîmes de paupérisations intellectuels qui confinent à un suicide identitaire sans appel.

Toujours es-il que, quoi que nous fassions, nous finirons – Arabophones, autant que Berbérophones – , par s’apercevoir que nous sommes, tous, logés à la même enseigne, et même que la tâche qui nous attend, nous, i’Chèwiyen, n’est pas moins ardue que celle sur laquelle ces compatriotes tentent laborieusement de fermer les yeux en faisant semblant d’ignorer que la langue que leur ont léguée leurs mères est aussi loin de l’arabe idyllique dont on leur chante les louanges, que le Français l’est du Latin . Rappelons en effet et à cet effet, que la langue française procède du Latin, qui fut jadis le véhicule de la religion chrétienne, tout comme l’Arabe algérien procède de l’Arabe classique, qui est le support de la nôtre. Dans ces conditions, pourquoi devrions-nous échouer là où d’autres ont réussi?

le Latin Langue devenue, à travers la religion chrétienne, langue officielle, académique et religieuse des pays dits latins, à savoir: l’Espagne, la France…l’Arabe classique langue devenue, à travers le Coran langue officielle, académique et religieuse des pays dits arabes ! à savoir : l’Algérie, le Maroc… L’Espagnol, le Français… : idiomes dits vulgaires, ou populaires, qui furent dérivés du Latin et qui devinrent les langues modernes de l’Espagne, de la France etc etc..L’Arabe algérien, marocain… : idiomes dits vulgaires, ou populaires, qui furent dérivés de l’Arabe classique et qui devinrent l’objet du mépris des Autorités. algériennes, marocaine etc etc…

Ce simple parallèle nous enseigne que là où les Européens ont épousé la marche du monde, en élisant, pour langues nationales et officielles, les idiomes qu’ils ont adaptés à leurs besoins – auxquels ils ont imprimé leur génie propre -, nous, nos élites pensantes tentent, depuis plus de quatre décennies, de nous convaincre, au nom d’on ne sait quel obscur retour aux sources, qu’il suffit d’avancer à reculant pour faire sien le rythme de l’Histoire! – avec, pour conséquences, une catastrophe scolaire sans précédant, une crise identitaire effrayante de gravité, un fondamentalisme islamiste se nourrissant avec voracité, d’un arabisme sectaire et tristement archaïque… Un désastre qui a réduit un pays qui était il y a à peine une quarantaine d’années un des fleurons de l’Afrique et du Tiers-monde, en un espace profondément délabré, un champ de bataille clos où s’affrontent les forces les plus rétrogrades qu’ait jamais connues cette partie du monde ; le tout auréolé par un obscurantisme délirant, dans lequel s’enlise une jeunesse aux abois, qui ne sait à quel avenir se vouer ! Et pourquoi cet immense gâchis?

Quand on pense que nous avons été si longtemps, si profondément blessés par maintes et maintes occupations coloniales et que nous n’avons subis tant et tant d’humiliations que pour succomber à la plus dégradante de toutes : la main-mise sur notre pays par une minorité d’individus au service d’un parti – unique en sa cécité -, qui a tout instrumentalisé: la religion, la langue arabe et le nationalisme le plus sectaire, tous éléments de la même constellation, devenus prétextes à un pouvoir qu’on continue à nous imposer au nom d’une langue censée être la nôtre, d’une religion à laquelle on fait tout dire et son contraire, et d’espoirs qu’on a vidé de sens tout comme de substance. Si l’Histoire pouvait rire de nos malheurs, les chaînes des Atlas s’entrechoqueraient en un terrifiant éclat ! Peut être que le monde se donnerait alors la peine d’inscrire au-dessus de nos charniers et fosses communes : ci-gît un peuple qui n’a pas su vivre!

Mais faudrait-il vraiment en arriver là, littéralement tétanisés, que nous sommes, par une aliénation paralysante, qu’on semble résignés à subir avec un stoïcisme de bête acculée ! Et que dire de ceux d’entre-nous qui voudraient nous faire croire que c’est s’adonner à une noble entreprise que de s’efforcer de devenir un peu moins Berbères afin de mériter un peu mieux le qualificatif de Musulmans ! Devons-nous leur rappeler que : jamais, au grand jamais, l’Islam n’a exigé rien de tel, ni de personne de s’arabiser ; le Coran ne nous le dit-il pas, noir sur blanc: “Il n’y a aucune différence entre l’Arabe et le non-Arabe : l’essentiel c’est la piété.“ Chose que le Prophète nous explicite de façon encore un peu plus claire: “Le retour aux sources est une vertu.“ Et nos sources, que nous sachions, sont berbères, et l’Histoire et la géographie sont là qui le clament assez haut, et notre langue qui nous le répète inlassablement ! Des sources qui, faut-il, là aussi, le préciser, aspirent, non vers on ne sait quel passé momifié, mais, bien au contraire : c’est d’elles que jaillit l’avenir qui à chaque instant se reproduit, c’est en elles que naît l’élan vital, la langue qui berce ce pays depuis sa plus lointaine enfance?

Faut-il, au surplus, signaler que l’Arabe qu’on tente de nous imposer, cette langue prétendument d’essence religieuse, est également la langue
maternelle
d’une vingtaine de millions de citoyens Arabes de confession chrétienne !
Notamment un bon cinquième des Palestiniens, quelques trois millions de Libanais maronites, deux a trois millions de Chrétiens Irakiens et Syriens ainsi qu’une dizaine de millions de Coptes Egyptiens!

Ajoutons à cela que : Musulmans, nous le sommes et Chèwis également, et si nos âmes pouvaient se faire médailles, c’en seraient là les deux faces et les plus beaux des ornements, n’en déplaise à ceux que notre existence dérange et à nos détracteurs, avec ou sans talent.

Quant à ceux qui nous reprochent de diviser le pays, nous leur dirons qu’ils ne font que reprendre les mots d’ordre de ceux-là mêmes qui l’ont mené à sa ruine. Rappelons, pour mémoire, qu’au lendemain de l’indépendance, en 1962, l’Algérie était, avec l’Afrique du sud, la première puissance africaine, tant au plan des infrastructures qu’à celui des potentialités économiques, et que le dinar était alors plus fort que le franc français! Non, vous ne rêvez pas en lisant ces mots! Renseignez-vous auprès de vos parents ou de vos grand-parents et ils vous le confirmeront sans peine.

Entre-temps, plus de quarante ans d’obscurantisme nous ont rejeté en queue de peloton et le dinar ne vaut plus que le quinzième de la valeur du franc. En d’autres termes, l’Algérie a, économiquement, perdu 150% de sa valeur initiale, et nous, Algériens, nous ne valons pratiquement plus rien! Pas tous, cependant. Car, pendant ce temps-là, une minorité d’individus, chantres zélés de la déplorable cause arabo-céleste, s’est constituée des fortunes colossales en saignant notre pays à blanc. Et comment ces gens-là ont-ils réussi le tour de force de dépouiller impunément un pays de ses richesses? Ce fut si simple et il suffisait d’y penser : en dressant i’Chèwiyen contre les Kabyles, l’armée contre la société civile, les membres du parti au pouvoir contre le reste de la population, les Arabophones contre les Francophones etc etc… Et, pour parachever le tout, en nous imposant une langue qui est à notre avenir ce que le mirage est au caravanier. Et ce sont ces tristes figures, qui se gardent comme de la peste – et oh, comme nous les comprenons ! -, de placer leurs enfants ailleurs que dans les grandes écoles occidentales, loin de la langue de leur slogans édulcorés, c’est cette minorité de prédateurs, qui a le culte du pouvoir pour unique culture, qui a organisé cette grotesque mascarade. (des moyens, ils en avaient, ils en ont toujours : gaz et pétrole à discrétion). Mais qu’ont-ils fait pour les Aurès, à propos? Ne nous posons pas de questions indécentes! Il est des misères aussi muettes qu’éloquentes.

Et comment ces nouveaux barbares ont-ils réussi à nous fragiliser au point de pouvoir nous mener, troupeau sagement soumis à la tutelle de leurs hommes de mains ? En nous racontant qu’il fallait nous délester de nos propres valeurs – désormais tombées en désuètude – et d’importer une langue Arabe classique, une langue prêt-à-parler, pour ainsi dire ; un peu comme nous nous fournissons en articles prêt-à-porter, auprès de l’industrie du vêtement ! Beaucoup de nos aînés ont, hélas, apposé leur paraphe au bas de ce marché de dupes, l’habileté de nos idéologues en la matière étant, tout entière, dans cet art d’entretenir le flou et de cultiver la confusion entre Parole Divine et langue Arabe… Force est de reconnaître que c’est là un domaine en lequel ils excellent au plus haut degrés, l’intelligence du vice étant leur suprême qualification. Forcément : leur pouvoir en dépend.

Mais, revenons à l’âme de toute chose : à la langue. Mais la Bible, mais le Coran, ne nous disent-ils pas en l’occurrence, que le Créateur s’adressait à Moïse sans intermédiaire ? Devons-nous en conclure que l’Hébreu est un idiome divin ! Il y a de ces interrogations qui feraient frémir les penseurs les plus émérites. Rassurons-les toutefois : l’Hébreu n’est que la langue des Juifs – de certains Juifs -, tout comme l’Arabe est la langue des Arabes, et que grand bien leur en fasse. Elle n’est ni divine ni d’ordre divin, et même qu’une chose demeure et demeurera certaine en la matière : Dieu n’en a certainement pas besoin, pas plus qu’il n’a besoin de l’Hébreu ou du Chinois ou de tout autre idiome humain ; il est celui qui ne connaît le besoin ni dans sa réalité, ni dans son essence.
Ajoutons, pour plus de précision, qu’en dehors du fait que l’Arabe est l’expression de la culture de même nom, il est, de surcroît, la langue de
la pratique religieuse -et non de la religion . Nuance ! Quant à ceux qui en doutent, rappelons-leur de nouveau la parole Divine: “ Il n’y a aucune différence entre l’Arabe et le non-Arabe : l’essentiel c’est la piété.“

Et puis, les Français musulmans n’enseignent-ils pas les règles de l’Islam, à leur enfants, en langue Française, les Iraniens, en Perse, les Américains, en Anglais et les Turcs, en Turc ? D’ailleurs, comment cela se fait-il qu’on n’ait jamais songé à arabiser tous ces peuples : Bengalis, Indonésiens, Perses, Peulh, Pakistanais, Turcs, Yoghur, Kighiz et tant et tant d’autres enfants de l’Islam qui continuent à vivre cette effroyable condition qu’est l’existence hors du giron de la langue Arabe ? Quelle question ! L’oppression est ce qu’elle est : elle ne se choisit ses victimes que parmi les plus vulnérables d’entre celles qui se trouvent à sa portée : Kurdes, Soudanais du sud, sud-Mauritaniens, Berbères … Quant aux Occidentaux…, qu’est-ce qu’il peuvent être racistes vis-à-vis des Arabes, ces gens-là ! Enfin…, ils ont de qui tenir : esclavagistes, il y en eut qui les précédèrent d’une bonne longueur en la matière ; colonialistes, ils y en a qui le demeurent bien après eux. Quel destin ! Il doit leur manquer le souffle épique, à ces pauvres blancs !

Bref. Revenons de nouveau à notre thème, et ce, pour dire à nos idéologues, que leurs promoteurs Arabes ne représentent – si tant est que des dictatures aient un quelconque droit de représentation – qu’une minorité d’à peine cent millions d’individus au sein de l’Islam, alors que nous, Musulmans, nous sommes plus d’un milliard en ce monde, et qu’il est, dans ces conditions, difficilement admissible qu’ils continuent à agir comme si l’Islam était leur propriété privée, et qu’ils persistent à en user comme instrument de domination culturel à l’encontre du reste des minorités, comme certains d’entre eux ont si bien appris à le faire.

Quant à notre langue, comme tout autre langue, elle ne vit que pour la passion d’être vécue. Elle ne s’offre pas, elle se clame, elle ne se livre pas, elle révèle ses locuteurs et locutrices à eux-mêmes, en transcendant les craintes et la frilosité des esprits asphyxiés par cette indigence de visions qui les fait si souvent s’incliner bas face aux mornes illusions de l’arabisme, quand ils ne se pâment d’aise devant les doucereuses et bruyantes léthargies d’un Occident dont l’âme se décline de jour en jour un peu plus aux accents d’un vacher : ce cow boy moderne, à l’existence hâtive, à la cupidité hautaine, à l’horizon culturel au dimension d’un Mac Donald’s bavant d’ennui.

Alors, répétons-le encore une fois : Th’cèwith a surtout besoin d’être articulée à son temps, parlée avec élégance, chantée du fond de l’âme et aimée sans entraves. Elle n’est, certes pas, une panacée universelle, mais elle est notre miroir, et si nous tenons à y voir de la beauté, il est grand temps de lui rendre justice pour plus de deux milles ans de résistance opiniâtre et l’obstination d’un silence immensément exigeant.
C’est elle notre contribution au grand banquet de la culture universelle – un patrimoine qui n’a de limites que l’étroitesse d’esprit dont s’enorgueillissent certains de ses enfants qui n’ont de cesse de l’immoler sur l’autel de cette redoutable ignorance diplômée dont ils s’en vont faire provision auprès de prestigieuses institutions universitaires – comme autant d’insignes clinquants qu’ils ne se lassent d’exhiber avec des airs de noblesse affairée.

Non, la culture ne volera jamais si bas ! Elle ne sera jamais synonyme du ‘Tout-savoir’, car elle est symbiose avec l’esprit du Tout. C’est en cela que nos Ponces Pilate, si peu nourris à la lumière de leurs racines, ne distingueront jamais rien d’autre que la blafarde luminosité des avenirs louches.

Il est vrai qu’il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir, et ils ne sauront ni ne pourront savoir qu’elle est surtout une chance, th’Cèwith : la nôtre. A nous de choisir : la porter au plus haut de l’être ou l’entraîner dans un naufrage que nous aurons amplement mérité ?
En ce qui nous concerne, cette étude n’est qu’un début, une modeste contribution à une entreprise qui nous dépasse tout en nous soutenant à bras-le-corps. Et il nous tarde qu’on s’y mette, tous, car nous avons déjà perdu assez de temps : mettons, quelques deux milles ans. Mais, comme nous le disions déjà, à une autre occasion : après tout, le temps ne compte pas, il ne sait même pas compter : il… passe. Avis aux mortels !
Yabdas
source:www.chainet.com

La Lettre Des Aurès *** Izen u-Cawi

MANUEL DE CONJUGAISON DE TACHELHITE


Auteur : Abdallah Boumalk

Edition : L’Harmattan

Date de parution : 2003

N.ISBN : 2-7475-5527-5

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Résumé : Ce manuel est dédié à la conjugaison du Tachelhite. C’est un des premiers du genre et un des rares consacrés à la conjugaison berbère.

 

Mr Boumal s’est attaché à expliquer la conjugaison du tachelhite, avec ses particularités et différenciations en son sein.

 

Dans une première partie , A.B. explique la temporisation des verbes : les temps et comment conjuguer en tachelhite. Puis, les « verbes » les plus répandus (en tachelhite) sont conjugués dans un « tableau de conjugaison ».

Pour chaque verbe est donné l’infinitif (qui correspond en Tachelhite, à la 1ere personne de l’impératif). Les verbes sont ensuite conjugués, à toutes les personnes : au Prétérit, Aoriste et Aoriste Intensif.

Il y aussi à la fin du manuel, un dictionnaire bilingues de verbes (en Tachelhite et en Français et), qui joue aussi un rôle d’index (répertoire des verbes conjugués).

Certes tous les verbes n’y sont pas, mais vous trouverez dans ce manuel largement de quoi vous aidez pour les verbes manquants.

CE QUE CELA NOUS APPREND (sur la culture berbère) : Ce manuel est une aide précieuse pour quiconque tente d’apprendre le Tachelhite, ou de mieux le maîtriser.

Juste un bémol, concernant l’édition de 2003, qui gagnerait à plus de crédibilité, si son index était plus rigoureux (erreur sur renvoi des numérotations de verbes).

Saluons tout de même l’initiative d’Abdallah Boumalk, qui est encore malheureusement trop rare. C’est une initiative très constructive pour notre langue.

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Fiche de lecture de : Myriam Jeroua